écrit le 14/04/2010 à 15:00
par Caroline Pochon

CINÉMA - Homayoun dévoile Téhéran

Courez découvrir ce film urbain, palpitant, fin et drôle, profondément symbolique ! Téhéran est un film réalisé avec l'élégance et la simplicité d'un Kiarostami, mais il évoque aussi les images nocturnes et vibrantes des grands polars new-yorkais des années soixante-dix : Mean Streets et Taxi Driver, les premiers Scorsese ou Meurtre d'un Bookmaker Chinois de Cassavetes.

Venez découvrir une autre image de l'Iran, passée jusqu'ici en contrebande ! Le récit marie avec talent la chronique sociale et l'univers du polar. C'est aussi une quête existentielle et une réflexion pleine d'humour et de tendresse sur la paternité, à travers cette histoire à dormir debout : Ebrahim, fraîchement débarqué en ville avec son frère et son pote d'infortune, se sert d'un bébé pour mendier dans les rues de la ville et soudain : le bébé disparait !... Le film nous plonge avec lui dans les bas-fonds, la mafia du trafic d'enfants, un univers où chacun lutte pour sa survie. Les femmes luttent autant que les hommes, malgré et sous le voile. Qu'elles se prostituent ou qu'elle fassent du trafic de drogue, les femmes ont toujours leur voile ! Ce détail suffit à montrer la position critique subtile du réalisateur iranien, vivant en France, sur l'hypocrisie et le voile, justement, que pose la religion d'Etat sur un monde qui s'emballe.


Nader Takmil Homayoun est iranien, diplômé de la Femis, critique de cinéma et réalisateur d'un documentaire sur le cinéma iranien (Iran, une révolution cinématographique, Arte, 2005). Téhéran est son premier long métrage. C'est à la Femis qu'il a rencontré ses complices : Jean-Philippe Gaud, son co-scénariste, qui est également monteur et coproducteur du film et Rémi Mazet, chef opérateur de choc, qui a travaillé en équipe réduite (à lui-même).

Dans ce film sur le fil du rasoir, on parle peu. C'est dense. L'image de Rémi Mazet, dont le grain rappelle le 16 mm des années soixante-dix, attachée aux expressions des personnages, tous très bien dirigés - et hommes ou femmes, très beaux - et à une texture presque documentaire de la mise en image de la ville et de ses mille visages.

L'histoire nous embarque dans un Iran méconnu et fascinant, loin des clichés naturalistes ou bucoliques autorisés jusqu'à présent par le gouvernement iranien. Comme Scorsese avait voulu filmer New York, Nader Takmil Homayoun filme Téhéran. "Téhéran est un être vivant. C'est comme si la ville palpitait et que l'on pouvait capter le moindre battement de son coeur. Tout change en permanence. C'est cette énergie, ces pulsations que je voulais enregistrer... On ne connaît plus cette ville, on ne la  "voit" plus car on enferme l'Iran dans une image qui correspond à l'époque de la Révolution islamiste.

Là, c'est donc un film urbain, nerveux, drôle aussi et finalement très sexy, malgré la présence des voiles et le respect des codes. Nader Takmil Homayoun raconte que cela n'a pas été simple. Il a dû présenter le projet au Ministère de la Culture et de l'Orientation Islamique (passage obligé pour tourner en Iran) sous la forme d'un projet de documentaire sur la ville de Téhéran pour finalement tourner en grande partie sans autorisation ! De cette histoire nait également la forme du film, si réussie. 

Téhéran a obtenu le Prix de la semaine de la critique à la Mostra de Venise en 2009 et le grand Prix du jury au festival Premier plan d'Anger en 2009. Il est distribué par Haut et Court et sort en salle mecredi 14 avril 2010.


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