écrit le 17/04/2010 à 08:00
par Martin Clément

CINÉMA - Adèle Blanc-Sec : sans surprise mais pas désagréable

Après une incursion dans l’animation et la saga des Arthur, Luc Besson retourne au film plus traditionnel avec la première adaptation au cinéma des bandes dessinées cultes de Jacques Tardi, Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. À l’arrivée, un film d’aventure plutôt sympathique, mais les faiblesses du scénario alourdissent l’ensemble.

Une adaptation de l’œuvre de Jacques Tardi

Adèle Blanc-Sec est au départ un personnage imaginé dans les années 70 par le dessinateur et scénariste de BD Jacques Tardi. À cette époque, il existait peu de bandes dessinées pour les adultes, et l’héroïne qui inspire aujourd’hui Luc Besson fut l’une des figures de proue d’une révolution artistique qui prit par la suite pas mal d’ampleur dans le monde de la BD.

L’action d’Adèle Banc-Sec se déroule à Paris au début du XXème siècle, juste avant la Première Guerre mondiale (pour les premiers tomes). On y suit les pérégrinations d’Adèle, jeune romancière au caractère bien trempé, mais aussi aventurière intrépide avec un don déroutant pour se mettre dans les situations les plus périlleuses… Ainsi, dans le premier épisode Adèle et la Bête, la jeune romancière est aux prises avec un ptérodactyle, qui rôde au-dessus de la capitale et attaque les passants. Dans le tome 2, Le Démon de la Tour Eiffel, Adèle doit démanteler l’organisation d’une secte dont certains adeptes sont des membres haut placés du gouvernement. Dans le tome 3, ce sont des savants fous qui menacent l’ordre public ! Adèle Blanc-Sec est donc une série d’albums qui ne se prennent pas trop au sérieux, mêlant enquêtes invraisemblables et humour. Le tout est raconté à travers les yeux d’une héroïne frondeuse et attachante, subtile représentante de la femme émancipée, faisant ainsi écho à certains mouvements féministes.

Le personnage au cinéma

En 2010 pour sa version cinéma, Adèle a un peu changé. Incarnée par la jeune comédienne Louise Bourgoin (ancienne Fille de Monaco et Miss Météo de Canal+), le personnage reste certes adepte des répliques cinglantes et ne perd rien de son côté « enquêtrice de charme », mais certains angles ont été adoucis pour rendre le personnage plus accessible. Ainsi, contrairement à la BD où Adèle enquête principalement pour nourrir les trames de ses romans (raison entièrement personnelle, donc), l’héroïne version Luc Besson se bat pour sauver sa sœur plongée dans une mystérieuse catalepsie. En effet dans le film, Adèle cherche à débusquer la momie d’un médecin de Ramsès II, afin d’accéder à des secrets médicaux oubliés pour peut-être guérir sa sœur. Les motivations d’Adèle – qui la poussent à se mettre en danger – sont donc très claires. Malheureusement, cette simplification volontaire de la psychologie du personnage lui fait perdre un petit peu de sa saveur. Dans la BD, on aimait qu’Adèle s’érige contre la société uniquement pour défier les hommes et les mater. On aimait son caractère de cochon et ses airs de n’avoir aucun compte à rendre à personne. On aimait aussi la quasi-absence de liens familiaux, qui faisait d’elle une orpheline attachante et qui proposait une lecture subtile de l’individualisme prégnant de notre société. Dans le film, fatalement, elle apparaît plus sage et moins complexe.

Ce changement partiel de caractérisation n’est heureusement pas trop gênant. Luc Besson propose juste une lecture différente du personnage, plus lisse, mais pas dénuée d’intérêt, et l’interprétation de Louise Bourgoin est assez plaisante pour qu’on se prenne finalement d’affection pour cette jeune femme à la détermination inébranlable.


Un problème d’antagoniste

Le problème principal du scénario d’Adèle Blanc-Sec réside plutôt dans le fait qu’il n’existe pas d’antagoniste assez fort pour se dresser contre le personnage principal. La première partie du film, qui voit Adèle parcourir l’Égypte pour retrouver le tombeau de Ramsès II, fait pourtant croire au spectateur que la romancière devra affronter à plusieurs reprises le dangereux Professeur Dieuleveult (Mathieu Amalric). Le personnage de Dieuleveult semblait assez fort pour générer une lutte continue avec Adèle pendant tout le film, mais malheureusement, une fois la première partie terminée, le personnage disparaît !



Une fois ce personnage expédié, notre intérêt pour l’histoire décroît largement. Car au lieu de s’opposer à une force bien définie, Adèle se heurte alors uniquement à des intrigues mises bout à bout, ce qui complique sans raison valable la narration en mettant plusieurs histoires annexes sur le même plan (le ptérodactyle, les momies, la sœur,…) Il manque alors une intrigue principale qui aurait donné une ligne directrice au film.

Le problème est facilement identifiable : le scénario regroupe les intrigues principales de différents tomes (le ptérodactyle du  tome 1, les momies du 3, etc.) qui n’ont pas été pensées pour fonctionner ensemble, sur le même plan. D’où l’impression de fourre-tout qui se dégage du film et qui parasite un peu le plaisir du spectateur.


Un ensemble toutefois assez plaisant

Malgré ces problèmes scénaristiques, on sort de la salle en ayant le sentiment d’avoir passé un assez bon moment. Les seconds rôles, même s’ils présentent toutes les caractéristiques des caricatures de la BD, apportent un ressort comique qui fonctionne très bien (Gilles Lellouche en inspecteur Caponi est franchement drôle et Mathieu Amalric est parfait en Dieuleveult). Les effets spéciaux sont maîtrisés tout le long du film, que ce soit pour représenter le ptérodactyle ou pour la reconstitution du Paris de 1912. Et puis, il y a ces séquences au comique désuet mais charmant, comme le montage de saynètes à la prison de la santé.

Adèle Blanc-Sec est donc un divertissement certes dispensable (trop lisse et trop déconstruit), mais qui remplit assez bien son cahier des charges. Un film à voir peut-être lors d’une sortie en famille, pendant les vacances scolaires.

La bande-annonce ici.


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