écrit le 18/04/2010 à 17:00
par Christelle Dupays

SÉRIE - Sur le Fil : Noir c'est noir...

Créée par Martin Garonne et Catherine Touzet, Sur le fil, fait doucement son petit bonhomme de chemin sur France 2. Mine de rien (c’est le cas de le dire, vu le peu de pub autour de cette programmation ! ), la chaîne en proposait (expédiait ?) vendredi dernier ainsi que le précédent, les 6 épisodes constituant la troisième saison. Si sur le fil possède rythme et noirceur, pour la morale, il faudra repasser !

Sur le fil, propose de suivre le quotidien de Munoz (François Levental) et des hommes de son groupe. Un Munoz sans peur et sans reproche qui se frotte continuellement à son supérieur, le commissaire Forge, tête de premier de la classe, poule mouillée de première, avec le code civil pour évangile et le terrain en horreur. Leurs échanges sont de véritables petites perles d’humour… noir. Et il en faut...

Car le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne s’ennuie pas dans ce service de la police dont le ton rappelle, de loin, The Shield. Démantèlement d’un réseau pédophile, d’un réseau de prostitution, drogues, M16 à la pelle, vieilles bavures et vieilles rancoeurs surtout qui remontent à la surface, autant dire que la mamie qui s’est fait piqué son sac et souhaite porter plainte peut passer son chemin fissa, si elle ne veut pas risquer de se prendre quelques balles de mitraillette pour lui faire débarrasser le terrain plus vite.



Morale : en avoir ou pas ?
La réponse à cette question est simple, la série n’en a point. Enfin point d'autre que celle d'arriver à sauver ses fesses et celles des membres du groupe.

Pour les hommes de Munoz, tout est bon afin d’arriver à leur fin. A se demander si les scénaristes n’ont pas pris un malin plaisir à trouver tout ce qui peut être le plus illégal possible afin de faire avancer une enquête. La hiérarchie semble bien être un mot qui n’entre pas dans le vocabulaire de ces policiers d’élite. Par contre, le vol, la violence afin d’extorquer des aveux (ou pas), la drogue, les longs échanges de coups de feux, les garde-à-vue illicites, dans ce domaine leur imagination n’a pas de limite…
Un exemple parmi tant d’autres : lorsque le jeune commissaire veut prouver que la mort de son frère, voilà 10 ans, est une bavure policière, il n’hésite pas à aller dérober les échantillons de sang, incriminant un confrère, au laboratoire de la police… Avant d’aller, sur les conseils de son avocat, les remettre toujours aussi illégalement pour ne pas corrompre la preuve. Le tout en subtilisant au passage la voiture présente le jour du meurtre, qui bien sûr avait été remise en circulation sans analyse aucune.


Et histoire d’être sûr de ne pas être gêné aux entournures par cette histoire de morale et aussi peut-être pour montrer qu’on s’est quand même posé un peu la question, le seul personnage qui en était un peu garant, Lucie Terrier (Micky Sebastian), a démissionné épisode 3, lorsqu’elle a découvert que Munoz avait truqué une enquête. Question d’éthique !


Ca casse et ça passe ?
Bref, au-delà d’une vraie belle réalisation, de comédiens justes et impliqués, de scénarios qui, bien qu’un peu excessifs, se tiennent parfaitement, Sur le fil, me laisse un peu dubitative…
Est-il vraiment possible que des flics soient sur le point borderline ? Et où sont les gens « normaux ». Ceux qui ne se droguent pas, ceux qui n’ont pas d'ennemis en série, de flingue dans le fond de la poche, bref, ceux qui ont une vie classique quoi ?
Tout ça est bien subjectif me direz-vous. Et je veux bien l’entendre. Sur le fil n'est pas un documentaire et après tout on a jamais reproché à Mac Gyver de sauver le monde avec un vieux chewing-gum mâché.
Mais tout de même ! Cette accumulation de problèmes personnels, de rancunes et d’erreurs en cascade finit par lasser. Ces flics passent leur temps à se couvrir entre eux et récupérer les conneries de leurs collègues.


Démonstration, Le commissaire Forge découvre que l’un de ses hommes, qui infiltre un réseau de pédophilie, se drogue allégrement. Il demande donc à un autre de ces hommes de le suivre. Jusque-là tout va bien. Sauf que, dans la filature l’homme numéro deux (une femme en l’occurrence, Cécile Beaumont, interprétée par Tatiana Goussef) tombe sur un braquage de bijouterie, justement mené par… les chefs du réseau infiltré qui avaient 5 minutes à perdre...
Le groupe les arrête (quand même) et s'en trouve bien embêté ! Les voilà donc en pleine recherche d'un subterfuge afin de pouvoir les relâcher et ne pas gâcher le long travail d’infiltration.
Vous suivez toujours ? Alors on continue. Nos bandits sont donc dehors, très énervés et très occupés à mettre en place le transfert des prostituées. Toujours infiltré dans le groupe, notre flic drogué va se faire démasquer et canarder. Histoire de le sauver, n’écoutant que son courage (à ce point là on peut aussi parler de bêtise…) sa collègue complètement accro à lui, va tout simplement se mêler au groupe des prostituées… dans un camion dont l’équipe va perdre la trace par miracle… Enfin, seulement le temps que dure la seconde partie de l’épisode consacrée cette fois à sauver la flic qui a voulu sauver le flic infiltré, qui lui même a été mis dans cette panade par sa collège qui le suivait pour le protéger ! Et là on se dit que c’est un peu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours…

Mais... bon gré mal gré je suis finalement restée devant Sur le fil. La série possède à mon sens, deux avantages, une dramaturgie efficace et des personnages tellement englués dans leurs poisses qu'ils finissent par en devenir touchants. Dommage que le parti pris noir pour noir finisse par être plus pesant que séduisant.

En moyenne, Sur le fil, a touché 2,8 millions de spectateurs. Plaçant France 2 en 4 position des audiences de la soirée vendredi dernier, avec 12,3 % de part de marché.


Sur le Fil
Scénarios de Catherine Touzet, Martin Garonne, Laurent Burtin, Jean-Pierre Martinez, Pascal Perbet et Lionel Olenga
Réalisateurs : Frédéric Berthe, Bruno Garcia
Interprétée par : François Levantal , Benjamin Boyer , Xavier Gallais , Jacques Bondoux , Micky Sébastian , Galard Vladislav, Tatiana Goussef.


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