Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
DOCUMENTAIRE - Hilaire et Badday nous transportent avec la carte Aurenche
A l'occasion de la soirée spéciale consacrée à Jean Aurenche, le 14 Mai prochain, sur Cinécinéma classic, Scénaristes.biz a pu découvrir en avant première le film documentaire d'Alexandre Hilaire et Yacine Badday, Jean Aurenche, écrivain de cinéma, consacré à ce grand scénariste (sur lequel Tavernier basa son film Laissez-Passer). Autour de cet événement retrouvez donc ici les impressions de Caroline Pochon, puis celles de Catherine Taconet.
Par Caroline Pochon
Parlons cinéma, parlons donc scénario. Un tandem de jeunes réalisateurs, Alexandre Hilaire et Yacine Badday (rédacteurs à la Gazette des scénaristes), brosse le portrait d’un grand scénariste français : Jean Aurenche. Et ce qui est bien, lorsque des scénaristes font un film sur le scénario, c’est qu’ils savent exactement quelles questions poser et comment aborder ce que plusieurs ont appelé la Question (celle du scénario, donc).
On espère bien qu’au minimum, tous les profs de scénario et script doctors l’enregistreront et le passeront à leurs élèves car c’est non seulement une belle leçon d’histoire, qui nous fait redécouvrir (à travers de merveilleux extraits, bien choisis et bien montés), que le cinéma français existait bel et bien avant la Nouvelle Vague – Eh ! oui – dont Jean Aurenche fut justement l’un des boucs émissaires, comme le raconte finement ce documentaire.
C’est aussi une très jolie réflexion sur le métier de scénariste, sa place, son rôle, sa cuisine interne (Jean Aurenche travaillait toujours avec Pierre Bost, mais personne ne savait au juste « qui faisait quoi » dans cet heureux tandem, qui écrivait dans le plaisir et le jeu). En ligne de fond, on sent une interrogation sur ce qu’est devenu ce métier aujourd’hui, dans le cinéma. Pour l’un des intervenants du film, c’est simple : le métier tel que l’a connu Jean Aurenche n’existe plus.

C’est un film qui nous interpelle - nous scénaristes -, sur la manière dont nous intervenons dans les long métrages et parvenons à nous imposer. Jean Aurenche, pour ceux qui ne se souviennent pas, - excusez du peu - est le scénariste de : Hôtel du nord, Jeux interdits, La traversée de Paris, Le diable au corps, En cas de malheur, un complice au long cours de Claude Autant-Lara, Yves Allégret puis de Bertrand Tavernier … En tout quatre vingt films. C’est avec lui tout une école du cinéma français, injustement sabrée par Truffaut comme cinéma de « qualité française », alors qu’en réalité, ils étaient amis des surréalistes, de Prévert et cherchaient toujours à mêler satire sociale et humour.
Ce documentaire fort bien ficelé est porté par de très bons intervenants qui furent des proches de l’auteur, comme Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Mocky ou Jean-Marie Poiré ou en parlent avec pertinence, comme Claude de Givray (qui fut un proche de Truffaut avant de devenir le patron de la fiction française à TF1). Il nous parle surtout d’un temps où, dans le cinéma français, une affiche pouvait dire : « Un film de Jean Aurenche et Pierre Bost, réalisé par Claude Autant-Lara ». Encore du chemin à parcourir pour remonter la pente, scénaristes de cinéma français, courage !
- Le film sera diffusé le samedi 8 mai 2010 sur cinécinéma classic à 18H45 et à nouveau le 14 mai à 22h25 dans le cadre d’une soirée spéciale commençant à 20h40 où seront diffusés Chiens perdus sans Collier de Jean Delannoy et Le Blé en Herbe de Claude Autant-Lara.
Le doute, toujours le doute
Par Catherine Taconet
Yacine Badday et Alexandre Hilaire ont moins de trente ans. Jean Aurenche est mort en 1992 à près de 90 ans.
Pourquoi nos deux jeunes auteurs s’intéressent-ils à cet écrivain de cinéma qui a traversé le XXème siècle, imaginant des « réclames » simples et drôles dans les années 1930, signant ensuite de nombreux films affublés par la nouvelle vague du label abhorré de « qualité française », couronné enfin aux Césars 1976 pour le scénario de Que la fête commence de Bertrand Tavernier ? Truffaut qui en a fait une de ces cibles quand il a écrit contre le cinéma des années -50 a été accusé d’avoir voulu tuer le père, nos jeunes auteurs veulent-ils réhabiliter le grand-père ? Non, ils ont simplement eu l’envie de connaître l’homme, d’en savoir plus sur son métier, d’apprendre de son parcours en interrogeant ceux qui ont travaillé avec lui.
A travers un des grands noms du cinéma français, ils réalisent le premier film vraiment consacré au scénario et ils le font avec ferveur et respect. Il n’est que de voir comment ils filment l'objet scénario, ses pages à présent jaunies filmées de près mais feuilletées avec lenteur. Il n’est que de voir ce que, par leurs questions, ils traquent et dénichent - pas les questions désinvoltes d’une jeunesse arrogante, une interrogation de longue haleine, en profondeur, une attitude d’écoute favorable à la transmission.

De quoi se nourrit le scénario, d’abord ? De la vie de cet Ardéchois, de son passage dans un collège de jésuites où il découvre la théâtralisation, de son goût du burlesque, de son envie d’être gagman, tous souvenirs évoqués avec le journaliste Alain Riou. Quand Jean Marie Poiré - scénariste et réalisateur de nombreuses comédies – évoque son travail avec Aurenche, alors qu’il était assistant de Claude Autant-Lara, à ses débuts – on perçoit la force du fantasme sexuel comme possible moteur d’une scène. On replonge aussi dans une époque où la méthode de travail consistait à produire l’équivalent d’une nouvelle de cinquante pages extrêmement détaillées, même quand on sait qu’il n’en restera que quelques pages. Quand Bertrand Tavernier – qui a fait 5 films avec lui - évoque le premier, L’Horloger de Saint Paul, c’est le doute qui surgit – une composante essentielle de la personnalité au travail d’Aurenche – l’envie de renoncer, la peur de n’être pas celui qu’il faut pour la tâche ; après, mais seulement après, l’aisance, la scène qui coule de source, les dialogues auxquels réalisateur et acteurs n’ont pas un mot à changer. Au cœur de cette scène aussi, une blessure personnelle - évoquée avec pudeur par les auteurs avec le fils, Philippe Aurenche - va lui donner sa force émotionnelle.
Yacine Badday et Alexandre Hilaire ne s’attardent pas sur la querelle des anciens et des modernes, très/trop évoquée ailleurs. Claude de Givray – au nom de la Nouvelle Vague - se souvient qu’ils trouvaient que les scénaristes d’alors se vivaient comme « supérieurs à leurs personnages », alors qu’eux s’en voulaient proches. Plus présente est la constance de la nécessité pour Aurenche de travailler avec d’autres. Notamment bien sûr avec Pierre Bost - leurs noms sont associés pour une trentaine de scénarios, Douce, Le diable au corps, Le blé en herbe, Jeux Interdits, La traversée de Paris, Paris brûle-t-il … Il est tentant de dire qu’au premier, bon vivant, vif, inventif, le second apportait rigueur et discipline – ce n’est pas si simple et le film ne lève pas le mystère de l’alchimie qui présidait à leur collaboration. Pas plus qu’il ne tranche sur la question de savoir si Aurenche a été, comme il le dit, « plus lâche que Prévert » en ne passant jamais à la réalisation.
Lire aussi l'interview d'Alexandre Hilaire et Yacine Badday.
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés