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CINÉMA - Mammuth, Dragons, Tout ce qui brille: Le succès ne tient qu'à un fil(m)
Trois films, trois comédies totalement différentes qui ont pour point commun d'être des succès du box office. A quoi tient un tel succès, voir un engouement pour certains? Au delà de l'effet de mode, de la fraîcheur de Tout ce qui Brille, de la poésie mélancolique et libertaire de Mammuth, de l'énergie de Dragons, il y a un travail scénaristique. Car exception faite de Mammuth, la réalisation n'est pas pour grand chose dans ces réussites.
Honneur à la jeunesse féminine avec le succès sans grande surprise (la campagne de promo étant fort prometteuse) de Tout ce qui Brille écrit et réalisé par Géraldine Nakache et Hervé Mimran qui cumule 1,2 million d'entrées en 5 semaines. Lila (Leila Bekhti) et Ely (Géraldine Nakache) sont deux amies, presque des soeurs qui ont grandi à l'ombre des tours de banlieue, à Puteaux. Pas très loin des beaux quartiers, à côté de Paris et de ses lumières, mais pas dedans. Leur ambition: changer de vie, intégrer le monde de la jeunesse dorée, des entrées VIP dans les boîtes à la mode, attirées qu'elles sont par tout ce qui brille.
Ce sont deux pies, tchatcheuses, voleuses (il faut les voir quitter les taxis en courant) et totalement "attachiantes". Le scénario est plutôt simple, sans être simpliste, les objectifs et les enjeux clairs comme de l'eau de roche, le rythme dans les conflits est efficace. Le contrat est rempli. Reste que l'on peut rester de marbre face à l'humour déployé, un comique de situtation qui n'empêche pas les protagonistes de basculer parfois dans le pathétique. La raison principale est l'absence d'information concernant les antagonistes. Nous savons tout ou quasiment tout des protagonistes et de leurs proches: ce qu'ils font, où ils vivent... Mais nous en savons absolument rien des gens qu'elles côtoient: que fait Max, l'amant de Lila? Que fait Agathe (jouée par Virginie Ledoyen), comment gagne-t-elle sa vie? La seule sur laquelle nous avons des informations c'est l'amie d'Agathe, une ancienne mannequin (Linh Dan Pham), ex belle-mère d'Agathe et mère d'un petit garçon dont elle ne s'occupe guère. Pour le reste, ils font des fêtes dans des supermarchés discount, s'achètent des pompes à 650 €, mangent des pâtes au citron, font la fête, boivent... Il manque au spectateur quelques éléments pour pouvoir rentrer pleinement en empathie avec les personnages et comprendre parfaitement qui ils sont.
En l'état, on n'est en empathie qu'avec des comédiennes fort talentueuses dans leurs pitreries. Ce qui fait toute la différence, c'est la fraîcheur et la sincérité de la démarche des deux auteurs qui offrent un regard nouveau sur la banlieue, une autre perspective en ligne de fuite.
Dragons ("How to Train a Dragon") de Dean DeBlois et Chris Sanders, écrit par William Davis, Dean DeBlois et Chris Sanders d'après Cressida Cowell
Gros succès de l'année, en tête du Box Office dans une dizaine de pays (la France semble avoir échappé au raz de marée) Dragons, le dernier né des créateurs de Shrek et de Madagascar, est une réussite à bien des égards. Techniquement, ce film d'animation est une réussite, tant en 2D qu'en 3 même s'il n'est en aucun point révolutionnaire. La réalisation demeure classique et efficace. Le scénario est la seule clé du succès de Dragons: sur une falaise au milieu de nulle part, sur le méridien zéro de la misère, un petit village Viking en apparence paisible que nous présente Harold en voix off. Tout en ironie et en sarcasme, la présentation à elle seule nous colle dans l'ambiance: de vaillants guerriers, des moutons et des maisons neuves, un village de maisons neuves car toutes les nuits il subit l'attaque de dragons. Des petits, des gros, des bigarrés, des cracheurs de feu, des toxiques, des bicéphales... Bref une jolie panoplie de monstres contre lesquels le village résiste sans cesse. Harold n'a rien à voir avec les autres vikings tout en muscles et en testostérone. Lui est plutôt chétif, plein d'esprit, débrouillard, mais terriblement gaffeur. Si les dragons détruisent une moitié du village, il se charge de détruire ce qu'il reste. Comment trouver sa place dans cette communauté quand on est différent? En tuant un dragon, et le pire qui soit, le plus méconnu et le plus légendaire, la Fureur Nocturne.
Grâce à son ingéniosité, il arrive presque à ses fins. C'est dans ce presque que réside toute l'histoire. La bestiole, blessée, ne peut plus voler mais se laisse approcher. Petit à petit Harold crée un lien étroit avec la gentille bêbête qu'il cache secrètement et dont il apprend à connaître les moindres secrets.
Bien sûr ce n'est pas la première fois que le cinéma américain nous sert la rengaine du protagoniste différent qui finit par devenir un héros. L'intelligence des scénaristes permet de surprendre et d'embarquer le spectateur dans des recoins méconnus du genre avec finesse et drôlerie. Si l'objectif du héros ne change pas, les enjeux évoluent pour devenir de plus en plus subtils et faire naître le conflit. Le protagoniste devient un héros dans l'imposture. En évoluant il n'est plus à sa place, le cul entre deux sièges. L'étau se resserre jusqu'à ce qu'il n'aie plus d'autre choix que de risquer sa vie. Tout est parfaitement maîtrisé: le rythme, les conflits, les changements d'antagonistes... Le tout avec deux niveaux de lecture: l'aventure pour les plus jeunes, les réflexions pleines d'esprit et de sarcasmes du jeune protagoniste. Reste que les plus jeunes semblent rôdés à la machinerie dramaturgique, il devient difficile de les surprendre, par exemple un enfant de 7 ans sait parfaitement qu'on ne peut pas tuer un protagoniste, mais on peut lui couper un bout ! Les scénaristes de Dragons savent à qui ils s'adressent, ils ne s'endorment pas sur les acquis du genre, mais sans les renouveler, arrivent à bousculer quelques codes.
Mammuth écrit et réalisé par Benoît Delépine et Gustave de Kervern
Après Aaltra, Avida et Louise Michel, le quatrième film du duo grolandais était très attendu. Le retour de Gérard Depardieu au cinéma, accompagné de Yolande Moreau et d'Isabelle Adjani, n'était pas pour rien dans le buzz promotionnel. Il serait terriblement injuste de limiter le film à son seul acteur principal, aussi incandescent soit-il. Certe le scénario et son intrigue ne cassent pas trois pattes à un motard, en substance: Serge Pilardos, dit Mammuth, quitte son abattoir à cochons pour partir couler des jours tranquille à la retraite, dans son petit pavillon. Qui dit retraite, dit paperasse, trimestres, fiches de paye et occupations diverses et variées... Mais voilà, il manque au Mammuth quelques bulletins de salaire pour pouvoir toucher sa retraite à taux plein. Il a bossé, il a même fait que ça. Il part donc sur les routes pour retrouver ses anciens employeurs et les quelques papelards manquants.
Road movie mélancolique d'un homme qui remonte le cours de sa vie, libertaire, un peu bringuebalant, Mammuth est un film touchant. On sent que les compères scénaristes ont fait un effort dans la construction dramaturgique (comme s'ils avaient , après Louise Michel, lu McKee, Lavandier...) il n'en reste pas moins qu'on peut leur reprocher un manque de précision dans l'enchaînement des séquences. mais ce qui pourrait nuire à n'importe quel autre film est ici salutaire, car les défauts sont le fruit de la liberté de ton. Une liberté salutaire tant elle sort le film du carcan traditionnel du film d'auteur à la française. Ici tout passe, même la présence fantômatique d'Adjani, en âme errante d'un premier amour décédé dans un accident, dont Mammuth porte le poids de la responsabilité. Cette présence donne du corps et de la profondeur au protagoniste. L'intelligence des auteurs réside dans leur capacité à faire évoluer ce personnage qui ne cesse de surprendre le spectateur, de le prendre à contre pied, de le toucher sans aucune approximation.
Aussi intelligent soit-il on peut trouver des défauts à ce film, son côté foutraque peut déranger, mais il possède une véritable identité, une vision de la société et les adjectifs ne manquent pas. Mammuth est une oeuvre poétique, une symphonie moderne à la fois magistrale et pathétique, flamboyante et anarchique. il n'y a rien d'étonnant à voir ce film dépasser les 500 000 spectateurs en 3 semaines d'exploitation. Le nombre de copies n'est pas phénoménal (232), le budget non plus, mais le résultat est là.
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