écrit le 01/05/2010 à 07:00
par Franck Beretta

SERIES TV - Lie to me : une bonne série... Sans mentir !

Lie to Me est une série télévisée américaine créée par Samuel Baum et diffusée depuis janvier 2009 sur Fox-TV et depuis vendredi 30 avril sur M6, en prime à raison de deux épisodes. Elle raconte les aventures d'un spécialiste en mensonges, qui n'est ni journaliste, ni homme politique, donc un oiseau rare. Commentaires et analyse d'une série ni révolutionnaire ni désagréable à regarder.

Tout d'abord les audiences...

La série a attiré en moyenne 3,7 millions de curieux (16.9% de pda). Dans le détail, le premier épisode, "Les affres de la tentation", rassemblait 3,8 millions de téléspectateurs (15.4% de pda). "Amnésie morale" captivait 4 millions de personnes (16.7% de pda). Et "Le prix de la perfection" achevait cette première soirée avec 3,3 millions d’adeptes (19.2% de pda).
Ça a donc plutôt bien démarré pour la nouvelle série d'M6.

 

Le concept

Le Dr Cal Lightman, très impeccablement interprété par Tim Roth, est un psychologue, expert en langage corporel et analyse des micro-expressions. Après quelques années passées au service du gouvernement anglais, puis des services secrets américains, il fonde le Groupe Lightman, entreprise privée qui apporte son expertise dans des affaires délicates. Consulté par l'armée, le gouvernement, la police, ou des sociétés privées, il enquête sur des sujets dont il est chargé de dire à chaque fois s'ils mentent ou non.

Ses capacités reposent sur des techniques réelles prouvées pour la plupart. Si vous vous plongez dans les ouvrages de PNL (programmation neuro-linguistique) vous apprendrez rapidement à détecter ce à quoi pense votre interlocuteur, uniquement en regardant ses mouvements oculaires. Faisons l'expérience, voulez-vous ?

Prenez deux secondes pour réfléchir : un numéro inconnu vous appelle, quelle est la sonnerie de votre portable ? Normalement, vos yeux ont dû faire un mouvement vers la gauche, plutôt vers le bas... Maintenant, faites un effort d'imagination, et visualisez un éléphant rose. Vos yeux ont vraisemblablement regardé instinctivement dans le vide, en haut, à droite... Nos émotions sont trahies par notre corps, des gestes instinctifs pour la gêne ou l'angoisse, un haussement de sourcil pour le dédain, ou une crispation du visage pour retenir un pet (mais c'est une autre histoire) etc. Voilà donc ce qu'exploite le personnage principal.

La force du concept de Lie to me, c'est d'avoir fait d'un être humain un « détecteur de mensonge » universel, doué de raison, donc infaillible. Le Dr Lightman scrute le visage de ses sujets avec la précision du laser qu'utilisent les experts de R.I.S sur TF1 pour couper les poils de cul en quatre. Infaillible, qu'on vous dit. C'est la preuve par le mensonge...

La faiblesse du concept, c'est qu'il faut accepter ce postulat de départ d'une science qui n'a pourtant pas totalement fait ses preuves. Imaginez le même concept avec un graphologue. Oui sauf que la graphologie, il n'y a rien de plus douteux... Il en va un peu de même avec cette série : encore faut-il pouvoir systématiser cette technique, l'appliquer à tout le monde, etc. On peut douter à tout moment. Alors la science du Dr Lightman, il faut nous la faire avaler, de gré ou de force.

Du coup, pour être certain que ça rentre, on a recours à beaucoup d'artifices pour enfoncer le clou : photos de célébrités arborant les mêmes expressions que les témoins mis en cause (la série n'hésite pas à montrer les visages des politiques en action pour illustrer le mensonge... Imagine-t-on une série en France qui utiliserait la photo de Nicolas Sarkozy pour démontrer le mensonge, le dédain, ou la colère ? Je vous laisse juge...), rappels permanent au passé de thésard du Docteur, démonstrations entre collègues et entrainements, cours sur le sujet... Vous finirez bien par y croire, à sa technique, bon sang !

 

La narration, les intrigues.

Sorti de ce écueil central, la proximité avec les séries du type « Les experts » ou « R.I.S » est patente côté narration. On entremêle les trames et on bourre de fausses pistes. L'avantage avec le mensonge, c'est que ça se retourne comme une vieille chaussette. Le suspect semble dire la vérité. Sauf qu'il ment. Mais il ne ment peut-être pas volontairement. Quelle est sa raison ? Ment-il par omission ? Croit-il qu'il ment en disant une vérité qu'il pense être la réalité ou bien ment-il en croyant la réalité d'un mensonge qu'il invente pour se justifier de croire à ce qu'il dit ? (Si vous avez compris la phrase précédente, écrivez-nous : vous avez gagné !).

Bref, la gestion du mensonge, prêcher le faux pour savoir le vrai, et inversement, c'est le fond de commerce de la série. Un principe qui vaut bien l'ADN prélevé sur une racine de poil du pilou de la madame retrouvé sous un ongle arraché au cadavre du monsieur qui a passé 6 mois dans une flaque d'eau croupie dans la campagne Solognote... Après tout, pourquoi pas...

Les deux histoires s'entremêlent avec un montage de plus en plus serré qui donne un effet d'accélération. Le tout complété de histoires personnelles des personnages.

 

Le Pilote.

On fait la connaissance du Docteur Lightman qui interroge un détenu qui commet des attentats contre les églises fréquentées par des noirs. Son expertise permet de découvrir où l'homme a posé sa dernière bombe, alors que le FBI ne croyait pas à la théorie de celui qu'on prenait pour un charlatan (c'est tout de même un illuminé, si on en juge par son patronyme). Le voici légitimé à nos yeux en une demi-séquence ! On enchaine avec le docteur qui explique à une assemblée de flics comme il s'y est pris, détaille sur un rétroprojecteur les tics de son interlocuteur qui lui ont permis de le coincer... Là encore on légitime le protagoniste dans son travail, en apprenant au passage, qu'il a passé plusieurs années de sa vie à parcourir le monde pour observer les mouvements faciaux des différentes ethnies.

Dans l'entreprise du doc, on fait la connaissance du Dr Gillian Foster, une psychologue douée en interrogatoires. Elle est l'égal féminin de Cal et partage la direction du Groupe avec lui. Ils sont accompagnés d'Eli Loker, éduqué au repérage des micro-expressions et partisan de l'honnêteté radicale : « J'aimerais coucher avec vous, je n'ai jamais couché avec une hispanique. Je vous plais ? » et autres réparties qui sont sa marque de fabrique. A la fois trublion comique et précieux aide de camp...

On entre assez vite sur les « cas » de l'épisode pilote : un jeune homme est accusé d'avoir assassiné sa prof. Avant de requérir la peine capitale contre un jeune de 16 ans, le maire et l'administration souhaitent s'assurer qu'il dit bien la vérité. Difficile de mentir à Cal... Le jeune prétend ne pas l'avoir tuée, mais son discours éveil les soupçons de Cal pour d'autres raisons. Et si c'était un accident ? Évidemment les théories fumeuses sont contestées par l'avocat qui subit immédiatement une démonstration accélérée par le spécialiste ès mensonge sur sa propre personne. L'enquête de Cal se poursuit auprès du personnel du collège et bien entendu des élèves.

Entre deux séquences consacrées à l'histoire principale, Cal et Gillian recrutent une nouvelle spécialiste pour leur cabinet: Ria Torres. Il s'agit d'une agente de sécurité à l'aéroport qui est très physionomiste sans avoir suivi aucune formation.

Une deuxième histoire est alors amorcée : un homme politique est accusé d'avoir eu recours à des prostituées. Son parti souhaite connaître la vérité avant de révéler à la presse les dessous de l'affaire.

L'enquête se poursuit alors du côté des parents du jeune homme, témoins de Jéhovah, qui semblent-ils ne sont pas très nets. Le courant ne passe pas très bien avec Cal qui les met en cause dès la première entrevue.

Entrée en scène de la fille de Cal, et « set up » de la situation familiale : divorcé, sa fille qui commence à sortir avec des garçons... dont le père se fait un malin plaisir de démasquer les intentions sexuelles.

A partir de ce moment là, les deux trames sont très hachées, les séquences avancent plus vite et sont plus alternées.
L'interrogatoire de l'homme politique révèle qu'il ment sans aucun doute. Reste à comprendre pourquoi. Un parallèle entre les expressions des deux suspects permet de faire le lien avec la première histoire. On revient ainsi à un entretien avec les parents : la mère est terrorisée par la situation, et finit par remettre les photos que le fils avait faite de son professeur, qu'il épiait souvent. Vous l'aurez deviné, ces photos contiennent un élément déterminant... Mais ce n'est pas pour tout de suite. Toujours est-il que c'est la tentation et le désir qui guidait le jeune accusé. Prêchant le faux pour connaître la vérité, Cal accuse le jeune à mots couverts. Il obtient sa version des faits, à laquelle il croit.

Ria rencontre la prostituée impliquée dans l'histoire du sénateur, elle est percée à jour : elle n'avait pas l'air de mentir. Le scandale éclate, conduisant le parti à tenir une conférence de presse. La question reste posée : pourquoi ce politique a-t-il donné 80000 dollars à une prostituée si ce n'est pas pour coucher avec elle ?

Du côté du lycéen, les photos parlent : la prof a rencontré le conducteur d'une mystérieuse voiture. Le proviseur masque lorsqu'il aperçoit le cliché mais prétend ne pas connaître le véhicule. Le politique finit par cracher le morceau après avoir présenté sa démission : la prostituée est en fait sa fille, une fille qu'il n'a pas élevé et pour laquelle il voulait réparer le préjudice de l'abandon.

La voiture en photo est celle de l'une des élèves qui avait parue un peu suspecte à Cal, une élève enceinte... qui sait qui est le meurtrier. Elle refuse pourtant de parler. C'est alors qu'on apporte un mot à Cal : on apprend le suicide en cellule du jeune-homme : « maintenant ça n'a plus aucune importance, vous allez devoir vivre avec sa mort sur la conscience... ». La fille se met alors à table, sous le poids des remords. Une ruse de plus de Cal...

La prof avait menacé l'élève de tout révéler. L'élève a tout dit au proviseur qui a commis le crime... Le proviseur est arrêté sous les yeux des élèves, les parents du gamin récupèrent le fils à sa sortie de prison, tout est bien qui finit bien...

Bien qu'il était évident que le petit mot soit celui de Cal, on éprouve un peu maladroitement le besoin de nous en montrer le contenu. Quand au politique, Cal accepte qu'il sacrifie sa carrière sur un mensonge afin de préserver la vérité, qu'il préfère garder pour lui afin de ne pas perdre sa fille une seconde fois.

Cal continue sa route, détectant çà et là dans la rue, tous les signes du mensonge chez ses concitoyens... Fin.

Si les trames sont un peu cousues de fil blanc laissant au spectateur le soin de soupçonner à tour de rôle deux ou trois personnes, le pilote renferme pourtant bien tous les codes de la série. L'humour et le cynisme du personnage interprété par Tim Roth n'est pas sans rappeler parfois un autre docteur, House, et la résolution des énigmes, la construction des Experts ou de R.I.S. A noter que l'épisode 1 ne comporte pas de générique. On découvre dans l'épisode 2 une présentation du concept sous la forme d'une galerie de portraits où l'on pointe sur chacun le signe caractéristique d'une expression.

 

Les deux autres épisodes


L'épisode 2 s'ouvre sur séquence qui démontre que les détecteurs de mensonge ne sont pas fiables. Même les machines de pointe... Une manière d'éliminer la technologie qui concurrence Cal. Deux trames : un basketteur dont on cherche a savoir s'il a touché des pots de vin, et une femme militaire qui accuse son supérieur hiérarchique de viol lors d'une mission à l'étranger. Cal réussit à obtenir la vérité à nouveau en prêchant le faux, quitte à donner des calmants à l'une des victime du militaire violeur afin qu'elle trompe un détecteur de mensonge... Quand on vous dit que c'était retords, mmmh ?! L'épisode s'achève sur Ria qui découvre que Cal ment sur une question toute personnelle... Tout cela est plein de mystère...

L'épisode 3, une élève de terminale est assassinée, la fille d'une juge candidate à la cour suprême. La mère n'a pas d'alibi, et elle est très suspecte. Cal trouve étonnant qu'elle ne manifeste aucune émotion, jusqu'à ce qu'elle découvre qu'elle a recours au botox ! Alors que Cal a des problèmes avec sa fille qui a organisé une fête qui a mal tourné, Gillian enquête sur un pilote de la NASA qui a planté un prototype à plusieurs centaines de millions de dollars. Tentative de suicide avortée ? Malaise ? Sabotage ?

 


Au final, Lie to me est une série qui n'est pas désagréable à regarder, loin de là. La récurrence de ce procédé sera peut-être un peu lassante à la fin, mais la diversité des histoires permettra sans doute de passer outre ces réticences. Reste que le principal problème, c'est l'utilisation systématique de ce qui pourrait s'apparenter à une psychologie de bazar, plus proche des manuels de développement personnel ou des rubriques psycho de magazines féminins, que de procédés validés scientifiquement. Mais bon, on a le droit de rêver...

Enfin, les personnages peuvent largement gagner en densité au fil des épisodes. Ainsi on en apprendra un peu plus sur le passé de Cal et aussi sur l'origine du don de Ria... Les touches d'humour relèvent l'ensemble juste ce qu'il faut.

Ca reste à voir, vous pouvez me croire : je ne mens jamais, c'est Franck Beretta qui le dit !

Vous pouvez revoir les épisodes sur M6 Replay ici même.


TAGS : TIM ROTH , LIE TO ME , M6
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