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CINÉMA - Crazy Night : nuit folle, très propre sur elle.
Tina Fey et Steve Carell, les deux nouvelles coqueluches de la comédie américaine, s’allient dans une pochade ayant pour thème les vicissitudes de la vie de couple. En dépit de leur talent, la mayonnaise ne prend pas, faute d’un scénario qui surprenne. Vraiment dommage.

Deux figures incontournables de la pop-culture américaine
Tina Fey et Steve Carell ont été popularisés en France via des canaux similaires. La première a été propulsée sous les feux de la rampe grâce à sa participation à la sitcom 30 Rock (diffusée sur Canal+ depuis avril 2008), mais aussi et surtout grâce à ses imitations hilarantes de Sarah Palin, la colistière du républicain John McCain lors des dernières élections présidentielles américaines.
Le second a marqué de nombreux spectateurs par son interprétation mémorable d’Andy Stitzer, l’américain moyen héros du film de Judd Apatow 40 ans, Toujours Puceau (2005), qui sous l’influence de ses amis, doit gagner le pari de perdre enfin sa virginité... Par la suite Carell s’est illustré en patron américain pathétique dans l’adaptation très réussie de la série anglaise The Office, diffusée sur Canal+ depuis 2007.
Autant dire que la réunion de ces deux comiques talentueux laissait présager une poilade mémorable et libératoire, pour nos zygomatiques ankylosés en ces temps moroses. Malheureusement, même si Crazy Night reste une comédie honnête, elle n’atteint jamais les sommets comiques escomptés.
Un élément déclencheur délicieusement absurde
Le point de départ de l’intrigue était pourtant absurde à souhait : Phil et Claire Foster, un couple banal du New Jersey, décident pour raviver la flamme vacillante de leur passion amoureuse, d’aller dîner dans un restaurant branché new-yorkais. Arrivés sur place ils sont contraints, pour obtenir une table, d’usurper l’identité de deux clients absents du restaurant. Mauvaise idée, car les Foster sont alors pris en chasse par des gangsters persuadés que le couple détient des informations susceptibles de nuire à une organisation criminelle. Commence alors une « crazy night » toute en quiproquos…
Face à ce pitch absurde, parfait pour une comédie barrée, on s’attendait à un scénario qui joue frontalement la carte du grand n’importe quoi. Malheureusement, c’est le manque d’audace qui caractérise plutôt la trame de Crazy Night. Chaque action est millimétrée, s’octroyant parfois un léger écart en dehors des balises qui enserrent le récit. Le problème, c’est que le spectateur les voit aussi, ces balises ! Par conséquent, difficile d’être surpris par la succession de gags qui défilent avec une régularité de métronome.
Dans ce sens d’ailleurs, on peut paradoxalement admirer le travail rigoureux du scénariste Josh Klausner (l’un des auteurs de Shrek le Troisième). L’intrigue est ficelée de bout en bout sans laisser de gras, le comique de répétition est présent, les paiements arrivent à point nommé… Tout est tellement parfait structurellement parlant qu’au final, on a l’impression d’avoir affaire à un scénario robotique, dans lequel auteur, producteur et réalisateur auraient oublié de relâcher la pression. De plus, ces mécanismes comiques surexploités ne laissent pas le temps au spectateur de reprendre son souffle avant le prochain gag.
Les dangers du film à sketchs
Un autre problème de Crazy Night réside dans sa propension à tendre vers « le film à sketchs ». En effet, les personnages sont souvent confrontés à des obstacles un peu « faciles » et désincarnés. Même si l’histoire est simple et bien focalisée, on a le sentiment que les personnages secondaires apparaissent et disparaissent comme des diables, sans qu’on ait la possibilité de les concevoir sous un autre angle que celui de la caricature. Cela fonctionne d’un point de vue purement comique, mais l’histoire y perd de son âme et finit par traiter son thème central - le couple -, de manière un peu gauche. La surenchère de gags génère notamment des clichés vieux comme le monde comme « le mari jaloux » ou bien « le jeune couple plein de fougue », en opposition à ses aînés.
Heureusement ce traitement de l’intrigue, qui donne lieu à des saynètes pas très en phase avec l’action, est tout de même sauvé par l’interprétation des seconds rôles, incarnés par des comédiens connus qui prennent un malin plaisir à pulvériser leur image. Ceux qui iront voir le film pourront donc s’amuser de découvrir Mark Wahlberg en professionnel de la sécurité intérieure (un vague cousin de Jack Bauer dans 24) fâché avec les chemises, ou bien James Franco en paumé aux tendances psychotiques (il y en a d’autres, mais stop au spoil!).

Malgré ses défauts, Crazy Night reste un divertissement plutôt honnête. Ce film court et sans temps morts n’est pas trop déplaisant, mais se révèle tout de même frustrant à mesure que l’intrigue, trop prévisible, se déroule. Et c'est vraiment dommage d’avoir gâché par manque d’audace le potentiel d’un tandem comique voué à faire des étincelles. Même les scènes coupées, qui sont des improvisations des comédiens projetées en bonus lors du générique du fin, nous arrachent plus d’éclats de rire que n’importe quelle séquence du film. Preuve que Crazy Night aurait gagné à embrasser ses penchants trashs, plutôt que de s’échiner à les rejeter.
Crazy Night (Date Night)
Scénario : Josh Klausner
Réalisation : Shawn Levy
Production : Twentieth Century Fox Film Corporation, 21 Laps Entertainment, Media Magik Entertainment
Casting : Phil Foster (Steve Carell), Claire Foster (Tina Fey), Holbrooke (Mark Wahlberg), Taste (James Franco)
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