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Scénariste américain justement méconnu, multidéprimé à Cannes et à Hollywood, Cliff Hanger nous fait le plaisir d'accepter de collaborer régulièrement à notre site, et commence immédiatement par une chronique cannoise. Nous ne sommes pas peu fiers de compter dans nos rangs cet auteur d'expériences, qui a travaillé avec Orson Welles (en poster dans sa chambre) et Fellini (comme référence parmi d'autres). Premier chapitre envoyé par Cliff cette nuit : Là où les badges ne servent à rien... depuis CANNES !
Cannes… Ca n’a pas vraiment changé, depuis la première fois que je suis venu. Quelques hôtels en plus, quelques stars en moins… La première fois, c’était en 1960, j’avais joué le rôle d’un gladiateur coupé au tournage dans Ben Hur, je commençais à cicatriser… J’étais jeune, je croyais que le cinéma, c’était la vie, je croyais que le Halva se mangeait avec des pistaches, je croyais que le métier de scénariste était la plus belle place sur terre…
Aujourd’hui, ce n’est plus comme avant, personne ne me reconnaît sur la Croisette, j’ai beau avoir mis une loupe sur mon badge et porter des lunettes sans verre, un débardeur qui laisse apparaître mon tatouage Fuck the Light, je suis comme anonyme.
Depuis hier, j’ai vu des films, oui, mais à mon âge, voir des films, ça ne me fait pas de bien : comme disait Guitry, si c’est mauvais, je m’emmerde, si c’est bon, ça m’emmerde. Je suis trop vieux pour aimer quelqu'un d'autrre que moi-même et les deux ou trois amis qui me restent. Alors depuis hier, le plus souvent je m’emmerde, en portugais, en anglais ou en allemand, mais comme c’est sous-titré l’ennui est à peu près le même. Je crois que dans les Festivals je cherche à voir le film que je n’ai pas fait, et que ce film ne se fera jamais faute de moyens. Souvent on m'a dit que mes films ne pouvaient pas se faire faute de moyens, et les mêmes personnes me disaient aussi que je n'étais décidément qu'un scénariste moyen. Allez comprendre.
Ce qui m’a plu, à Cannes, ce sont les locations d’escabeaux sur la Croisette, c’est le seul moyen pour voir les stars quand elles montent les marches, et quelques petits malins les louent une fortune aux photographes et aux curieux. Dans la journée, ils sont tous attachés avec des câbles solides, juste devant THE escalier, petite foule d’ascenseurs vers la célébrité… J'ai aussi apprécié les vendeurs blacks de parapluies qui apparaissent, dès qu'il pleut, et en vendent des dizaines en quelques minutes. Ils devraient faire producteur.
Et puis il y a un endroit magique à Cannes : pour le comprendre il faut savoir que pour entrer n’importe où pendant le Festival (Grand hôtel, salle de projection, palais) il faut un badge. Avec photo, et une fonction vague. Je pense que pendant ces dix jours, si vous faites un infarctus, vous risquez plus d’être refusé en cardio pour absence de badge que pour défaut de carte de crédit ; eh bien il y a un endroit magique, où le port du badge vous interdit l’accès : c’est le sous-sol des accréditations. Ici, les agents de sécurité, sans doute échappés de Matrix, interdisent l’accès aux porteurs de badges, car il y a une telle cohue en bas que l’accès est réservé aux non-badgés. Une femme badgée qui voulait accompagner son compagnon imbadgé a presque dû se mettre à genoux pour qu’on la laisse entrer.
Fuck the light, ai-je pensé. Ai-en encore assez de jus pour bâtir d’ici la fin du Festival un script sur un homme dont le destin change parce qu’on lui interdit un accès à cause de son badge ? Hier j’ai discuté au Carlton avec un producteur israélien qui m’a proposé une adaptation de Cyrano de Bergerac en yiddish, avec des fonds bulgares et irlandais, si je le revois à la fête donnée sur le yacht de Paramount ou bien au script-poker qu’a promis Oliver Stone au Martinez, j’arriverai bien à le fourguer. The Light!
(A suivre)
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