écrit le 21/05/2010 à 08:00
par Frédéric Davoust

TELEVISION - 4 Garçons dans la Nuit, une intrigue toutes portes ouvertes

4 Garçons dans la Nuit, diffusé sur France 2, un polar en deux parties qui a peiné à convaincre les téléspectateurs. Adapté d'un roman de Val McDermid, l'intrigue était pourtant bien ficelée, la réalisation, les comédiens, et pourtant... petit décryptage après visionnage d'une déception annoncée.

Le genre policier, on connaît:

L'histoire est plutôt banale, du moins sans grande originalité : 4 amis, étudiants, sortent d'une fête passablement éméchés, en personnes responsables ils décident de rentrer à pied. Sur le chemin ils découvrent le corps de Rose, une jeune serveuse que chacun connaissait. Sébastien, Alex, David et Thomas sont pris malgré eux dans la  machinerie judiciaire et la logique qui veut que quand la police patine, les témoins virent au suspect. Surtout que ces quatre étudiants aux cheveux longs font parfaitement l'affaire pour un procès aux assises. Ils sont jeunes, ils sortent de fête, leurs alibis ne tiennent pas la route. Bref tout cela est un peu gros car à aucun moment le spectateur ne peut croire l'un des étudiants coupable de quoi que ce soit. Qui a pu tuer Rose?

Bien sûr on cherche dans les personnages secondaires, mais je ne sais pas pourquoi j'ai tout de suite vu où l'auteur voulait nous mener, la faute à une maudite caravane, un flic (J-P Lorit, impeccable) toujours là, bien trop présent pour la partition qu'il a à jouer. Les flashes-back qui retracent les alibis des uns et des autres ne laissent que peu de doute. La seule incertitude concerne David, bien plus sur la défensive que les autres.
Résultat : on prend les paris par SMS, on devance l'histoir,e on attend de voir comment le scénariste va nous dépatouiller tout cela et nous faire croire à son histoire.
L'étau se resserre donc autour de nos 4 protagonistes. David, plus craintif que les autres, passe maître dans l'art du mensonge et tend un piège au commissaire afin de le tuer de façon "accidentelle". Cette idée là est sûrement celle qui fonctionne le mieux car elle renforce le doute, même si le flash-back ne nous en laisse aucun quant à l'innocence de David pour le meurtre de Rose. Le mort est accusé du viol et du meurtre de Rose et l'affaire est close. Fin du premier épisode.


Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée:

Cette règle ne tient pas seulement à Alfred de Musset mais aussi à tout auteur de polar. On avait laissé nos 4 larrons dans de beaux draps: débarrassés d'un commissaire trop oppressant, ils étaient rentrés dans leurs vies respectives sans jamais perdre de vue leurs actes passés. Le poids du mensonge se fait bien ressentir. Sébastien est devenu médecin, Thomas, prêtre (hé oui, pas de doute on est bien dans une fiction), Alex,imprimeur, et David professeur. Ils sont en couple, mariés, (à l'exception du prêtre et du médecin gay), le lieutenant Lanson est devenu capitaine, bref le temps a filé et chacun a fait son trou.  Mais voilà que Sébastien est tué dans l'incendie de sa maison. Le fils de Rose apparaît... David est assassiné à son tour. Bien sûr on sait désormais qui tue, il n'en reste pas des masses. Le scénariste multiplie les fausses pistes, mais de façon un peu trop voyante. Le fils de Rose est caractérisé comme un jeune homme intelligent, sans problème et son principal objectif est de retrouver son père, mais pas l'assassin de sa mère. Le scénariste laisse beaucoup trop d'empreintes et de preuves pour cacher l'évidence. Les installations sont trop surlignées et on repère chaque élément essentiel à l'histoire (la caravane, encore et toujours). D'une intrigue fermée (mais qui est l'assassin?) on passe à une intrigue ouverte : on sait qui est l'assassin, son comportement n'est pas assez réglementaire pour qu'il soit au dessus de tout soupçon et il devient alors un véritable antagoniste. La porte est alors grande ouverte mais comment le démasquer?

Heureusement pour le spectateur, à la réalisation il y a un certain Edwin Bailly (Nicolas Le Floch, Petits Meurtres en Famille...) et le genre, il connaît. Il sait installer une ambiance, diriger ses comédiens (Julien Baumgartner, Jean-pierre Lorit...) mais surtout il sait effacer les preuves laissées par le scénariste, sans malheureusement échapper aux rouages un peu trop rutilants (et trop voyants) d'un scénario auquel il semble manquer une étape essentielle: le gommage. Etape d'autant plus importante que le public a mangé ces dix dernières années pléthore de films, téléfilms, séries policières et qu'il en connaît le moindre recoin. Il devient de plus en plus difficile de le surprendre et de maintenir le suspens intact.

 

Quatre garçons dans la nuit (Bande annonce) - Ma-Tvideo France2
Diffusion : les mardi 18 et mercredi 19 mai 2010 sur France 2 à 20h35 Avec : Julien Baumgartner (Alex Guilbet), Thibault Vinçon (David Caron), Pascal Cervo (Thomas Vernet), Yann Tregouët (Robin Morin), Antoine Hamel (Sébastien Sarris), Jean-Pierre Lorit (Antoine Lanson) et Sara Mortensen (Hélène Caron).

Scénario de Bernard Marié. Réalisé par Edwin Baily.

 

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