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PROMENADE KRISTYQUE - C'EST QUI ? Premiers pas sur la Croisette
Il fut un temps où les premiers mots que l'on s'échangeait sur un portable étaient : "T'es où ?". A Cannes, cette année, cette question a été détrônée par une autre, récurrente et même lancinante : "C'est qui ?". - Je fais évidemment abstraction des vraies stars que l'on croise encore au Festival, qu'elles soient au générique de certains des films présentés, membres du jury ou réclames vivantes pour grandes marques de luxe.-






"C'est qui", donc, ces gens qui gravissent en masse les marches du Palais, ces femmes certes ravissantes mais absolument inconnues des simples mortels que nous sommes? Ou quand, par miracle, on pense reconnaître l'une d'elles, on se dit "Mon Dieu, qu'est-ce qu'elle a fait ?!". Mannequins, actrices de cinquante ans dont le visage de poupée et la taille de guêpe créent la gêne, sinon le malaise. On la trouvait si jolie, il y a cinq ans à peine, avec ses petits plis adorables au coin des yeux, et on la découvre aujourd'hui, lisse, figée, telle une enfant un peu inquiétante, sortie tout droit du Village des Damné(e)s. Tellement changée qu'on se demande si c'est bien elle, en fait.




"C'est qui", ces gravures de mode masculines dont les cheveux se densifient d'année en année, et dont la blancheur des dents commence à faire mal aux yeux, à la grande joie de Ray Ban, Vuarnet et Persol?
"C'est qui", ces films aux titres abscons, ces castings improbables, ces pitchs imbitables et effrayants ?
"C'est qui", ces réalisateurs aux noms de volcan islandais, volcan que certains ont estimé éteint depuis bien longtemps ? (N'ayant pas vu la "palme", je m'abstiendrai de tout commentaire.)



Comme je me dirigeais, pingouin anonyme au milieu du troupeau noir et blanc, vers la sainte ascension des marches, une très jeune fille aux dents cerclées d'acier m'a retenu par la manche et regardé droit dans le badge. Puis, après une mimique de déception sans doute due à la lecture non évocatrice de mon nom, elle a levé ses grands yeux vers les miens : "Vous êtes connu, m'sieur ?". Dans sa voix, je sentais une telle envie de voir enfin quelqu'un de célèbre, et tant pis si je n'étais rien pour elle, que je lui ai répondu, sans réfléchir : "Oui, très". Elle a eu l'air si heureuse qu'elle ne m'a même pas demandé pourquoi j'étais une star, ce qui m'a évité de faire marcher mon imagination, qui - triste déformation professionnelle - fonctionne de moins en moins bien si un producteur n'a pas passé commande, ou au moins signé une option.
Je suis donc reparti d'un pas léger avec la satisfaction du vieux scout qui sommeille toujours en moi et qui tient le compte précis des BA accomplies chaque jour. Et celle-ci était de taille
Un appariteur (à la carrure du catcheur qu'il devait être dans le civil) m'a arrêté d'un geste : il a contrôlé mon badge, mon billet, mon nœud pap', le tout avec l'air un peu dégoûté de celui qui considère que Cannes, décidément c'est plus ce que c'était. J'ai échappé (d'un doigt) à la palpation de sécurité et à la fouille corporelle.


Devant moi, Xavier et Tatiana, stars d'une antique édition de Secret Story (oui, vous avez bien entendu : le Grand Xababa et Madame étaient à Cannes !) posaient et tournaient, rayonnants, devant la horde de photographes qui les mitraillaient à salves réelles, généreuses et continues. Ils étaient tout contents, les reporters, car pour une fois, ils pouvaient mettre un nom sur les visages de ceux qu'ils shootaient. Et cette année, c'était un tel luxe que leur bonheur faisait plaisir à voir. Surtout pour un palmipède comme moi, qui ai fini par monter les fameuses marches devant une haie d'objectifs totalement inertes (pour ne pas dire "débandés") et de flashs désespérément éteints, eux aussi.




Au point que je me suis très sérieusement demandé qui j'étais, et que la seule réponse que j'aie pu trouver était honteusement pompée sur Pierre Dac, je le cite :
"A la question : qui suis-je, d'où viens-je, où vais-je ? Je réponds : je suis moi, je viens de chez moi, et j'y retourne".Ce que j'ai fait dès le lendemain, d'ailleurs.
(Au fait, c'est qui, Pierre Dac ?)

PS : je n'étais pas à Cannes totalement par hasard ! Je faisais partie du jury qui a décerné les prix SACD (pour la Semaine de la Critique et la Quinzaine) aux films "Illégal" et "Bi, dung so!".
J'ajoute également que même si le cru 2010 était sans doute moins riche que les années précédentes, ce festival a permis de révéler quelques très bons films, dont plusieurs français. Enfin, c'est la première fois que je me rendais au Festival, et je ne le regrette pas, au contraire! Même si je me suis un peu senti, durant ces trois courtes journées, comme un tout petit Bleu qui ferait ses premiers pas sur la Croisette!

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