écrit le 09/06/2010 à 17:00
par Thierry Bochard

SORTIE - When You're Strange de Tom Di Cillo: Un doc sur les Doors pas si strange que ça...

C’est probablement un peu personnel, mais je m’en vais vous conter le récit de ma première projection presse. Ma toute première, rendez-vous compte. Je commençais à complexer à côté des mes amis qui ont connu la leur depuis un bon moment. Est-on vraiment un homme tant qu’on n’a pas encore connu le frisson de sa « première fois » ? Rendez-vous était donc pris avec une dame dont c’est le métier. Elle dépucèle les jeunes journalistes à tour de bras. « Tu viens, tu t’installes au fond de la salle, et je m’occupe de toi ». Et ma foi, je n’ai pas été déçu. Dans cet immeuble des beaux quartiers de Paris, j’ai pris du bon temps pendant quasiment une heure et demie.

Le film : When You’re Strange de Tom Di Cillo qui sort ce mercredi 9 juin (le film, pas Tom…). Le sujet : un groupe né puis mort avant même que je ne vienne moi-même au monde, The Doors (si, rappelez-vous, dans Hélène et les Garçons, il y avait un poster de ce groupe dans le garage où les garçons répétaient… José au clavier… Nicolas à la guitare… Sebastien à la batterie… et en avant Guingamp !).Pourquoi : parce-que. Parce-que des producteurs avaient des cartons pleins d’archives sur eux et qu’ils voulaient en faire quelque chose. Ils ont donc confié au réalisateur de Delirious et de Johnny Suède ces bandes en lui donnant carte blanche. Choix étonnant mais pas idiot. Pour les profanes, Tommy Di Cillo. est un des « directors » les plus respecté du cinéma indépendant américain, les indies, l'underground, les films non produits par les gros studios hollywoodiens, ce qui ne l'a pas empêché de commettre un épisode de Monk, et d'oeuvrer pour une série télé: Law & Order: Criminal Intent.
 
Tom D. a fait de tout ce matériel un documentaire d’un peu moins de quatre-vingt-dix minutes, plutôt réussi mais d’une linéarité qui en aurait fait lâcher sa flasque de sky à Jim Morrison. Le chanteur était partisan du décousu, du montage à l’instinct, amateur de l’écriture automatique de Jack Kerouac. Ici, c’est linéaire car c’est chronologique, et finalement un peu décevant, on espérait de sa part une prise de risque plus importante pour une "carte blanche", à la manière d'un Todd Haynes, autre réalisateur indé, avec son pseudo biopic sur Dylan au nom révélateur: I'm Not There.

La formation du groupe d’abord, James Morrison au chant, Ray Manzarek à l’orgue (instrument qui apportera cette signature sonore inimitable, à la fois bizarrement enfantine et psychédélique), Robbie Krieger à la guitare, et John Densmore aux percussions. Ce mélange de rock, de blues, de jazz, de flamenco. Puis vite, les premiers tubes. La montée vers la gloire. Et très vite les provocations. Morrison (celui-là même qui tournait le dos aux spectateurs plutôt que d’affronter leur regard lors de leurs premières scènes) qui créé des scandales à répétitions. Les bonnes mœurs sont meurtries dans leur petite chair. “Father, I want to kill you. Mother, I want to fuck you all night long”. So oedipian... Il sera d’ailleurs traîné en justice un paquet de fois. Ironique dans un pays où l’on est censé pouvoir dire ce qu’on veut. Ce que l’on voit aussi, c’est Jim, hanté par ses addictions à la drogue et à l’alcool, sa volonté non-dissimulée d’auto-destruction, découlants probablement de son manque d’amour parental. Jim qui incarnait le groupe avant de le couler littéralement ensuite.

D’ailleurs, cela fait bizarre d’enfin voir en images ce que l’on a entendu ou lu dans toutes les biographies consacrées au groupe. Etrange également de voir les vrais Doors quelques jours après avoir revu en DVD les faux, ceux du biopic over-caricatural signé Oliver Stone en 1991. Mais force est de constater qu’il n’y a pas grand-chose d’original. Ni dans les anecdotes racontées, ni dans le commentaire prestigieux mais ô combien monocorde assuré par Johnny « les mains d’argent » Depp. Tout semble avoir été déjà dit sur le groupe n°1 aux Etats-Unis à la fin des sixties devant le Jefferson Airplane, devant Creedence Clearwater Revival, devant les Byrds, devant tout le monde.



When You’re Strange est un film qui comblera les fans par la qualité de ses images, archives inédites pour la plupart, de leur montage, et évidemment de la bande son. En revanche, il ne leur apprendra rien de nouveau. Si vous l’êtes, allez-y. Si voulez apprendre à connaître les Doors, allez-y aussi, c’est l’occasion d’allumer la flamme (Light my fire… jeu de mot… ok). Sinon, restez chez vous regarder la 78ème diffusion de Mme Doubtfire sur la TNT.

Cette biographie solide mais un peu sage se termine par une superbe séquence donnant aux titres du groupe une résonnance supplémentaire. Mêlées à des images des moments clés des années 60-70 (les assassinats de Kennedy, de Martin Luther King, l’élection de Nixon, et bien sûr, la guerre du Viet-Nam), les paroles des chansons de la bande à Jimbo et Manzarek collent parfaitement. The Doors ou la fin du rêve hippie, la voix d’une génération devenue nihiliste par la force des choses.

Fin du papier. Baaaaam ! Première fois réussie, je ressors sourire aux lèvres, l’envie de revenir. « This is the end » comme ils disaient.




 


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