Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
SORTIE - Pas fraiche, la tête en friche...
Jean Becker est connu pour son goût des histoires simples qui donnent la part belle aux acteurs. Pour son 12ème long métrage, le cinéaste adapte avec Jean Loup Dabadie une histoire tendre d’après un roman de Marie-Sabine Roger. Servie par Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus, on aurait pu s’attendre à un bijou d’émotion.
Malheureusement, le film est une compilation de lieux communs éculés et manque le coche.
Une rencontre improbable
« La tête en friche » est celle de Germain : brave type illettré c’est le benêt du village essuyant les moqueries depuis l’enfance. Mal fagoté, mal-aimé par sa mère, malmené par ses copains de comptoir, Germain est décidément mal né. Sa rencontre sur le banc du parc municipal avec Margueritte va l’éveiller au savoir mais aussi à l’amour.
Marguerite est la « charmante vieille dame » par excellence : seule, aimable, élégante. Avec patience et humour, elle initie peu à peu Germain aux joies de la littérature en lui lisant à voix haute des grands classiques. Progressivement, Germain et Marguerite nouent une amitié teintée de respect, de connivence et de tendresse. Jusqu’au jour où Marguerite apprend à Germain qu’elle est en train de perdre la vue…
Le duo du colosse et de la veille dame fonctionne à merveille. Ce n’est pas grâce à la complexité des personnages, c’est certain. Mais l’interprétation de Gérard Depardieu et de Gisèle Casadesus est si juste et si touchante que leur rencontre devient un vrai beau moment de cinéma. Leurs répliques sont parfois un peu faciles mais souvent d’une tendre drôlerie, à l’émotion pudique.
Si seulement le film se limitait à ce duo d’acteurs…Malheureusement, tout le talent des deux comédiens ne réussit pas cacher les paresses d’un scénario répétitif servi par une réalisation à l’extrême platitude.
Des personnages secondaires risibles
Amateurs de clichés vous serez servis ! Parmi les amis de Germain il y a l’italien dragueur à l’accent improbable, le jeune Maghrébin qui plaque la taulière du bistrot de 20 ans son aîné, le veuf alcoolique suicidaire…On ne croit pas une seconde à l’ambiance du café du village tant les personnages sont des clichés ambulants, desservis par des dialogues au rythme inexistant.
Que dire de la mère de Germain ? L’interprétation de Claire Maurier est grandguignolesque tant elle en rajoute dans la vulgarité de son personnage à la vieillesse sénile.
Flashs backs poussifs, situations répétitives et rebondissements attendus
Le récit compile en effet la majorité des écueils scénaristiques classiques.
Les retours en arrière nombreux insistent on ne peut plus sur l’enfance malheureuse de ce pauvre Germain. La scène avec François-Xavier Demaison draguant la mère de Germain est si grossière, si peu légère, qu’elle insulterait presque l’intelligence des spectateurs. Même constat pour les scènes avec l’instituteur (campé par Régis Laspalès qui joue comme dans ses sketches). Les flashs-backs manquent cruellement d’ellipses, de suggestions, de nuances…On se croirait dans un conte pour enfant et encore, ces derniers ont plusieurs degrés de lecture…
Les scènes du passé alternent avec les scènes sur le banc du parc, puis avec celles dans le bistrot, puis avec celles dans le potager de Germain et ainsi de suite. Aucune fluidité dans ces enchaînements répétitifs dénués de surprise. Le peu d’action du scénario souffre du même mal : finalement la mère de Germain n’était pas si méchante, Germain lui-même pas si bête, mais par contre la famille de Margueritte n’est pas gentille du tout. C’est normal, elle vient de la ville. C’est bien connu qu’à la campagne les vrais gens sont simples mais ont un cœur d’or alors qu’à la ville les gens sont mesquins. Voilà où on en est réduit.
Un film paresseux et passéiste
Une jolie histoire d’amitié, des acteurs principaux excellents (Sophie Guillemin en jeune fiancée de Germain est très juste)…Ces atouts pourtant considérables ne suffisent pas à masquer la faiblesse des situations et le manque de nuances des personnages annexes. Le tout est filmé dans une lumière laide, sans inventivité, avec souvent des plans dénués de toute beauté. Le discours de fond du film, en donnant à voir un monde rural de pacotille, est d’une nostalgie lourde et déplacée.
Du cinéma « bien de chez nous », sur fond de « c’était mieux avant »…Beurk !
La tête en friche
Réalisation : Jean Becker
Scénario : Jean Loup Dabadie et Jean Becker
D’après l’œuvre de Marie-Sabine Roger
Avec : Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Sophie Guillemin, Patrick Bouchitey…
Sortie : le 2 juin 2010
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés