écrit le 20/08/2010 à 01:00
par Caroline Pochon

TÉLÉVISION - Amina qui voudrait s'appeler Alice

La collection « Histoires de vie » de France 2 propose des histoires racontées « autrement » que dans la fiction de prime time. Ces films, diffusés en « deuxième partie de soirée », font appel à « de jeunes auteurs ». « Ceux qui aiment la France », d’Ariane Ascaride, dont le scénario a été écrit par une jeune auteure, Baya Kasmi, sera diffusé le 29 août.

On a beaucoup entendu parler des enfants de « sans-papiers », notamment grâce à l’action du réseau Education Sans Frontière. Ce film raconte le point de vue de l’une de ces enfants, Amina (très jolie et très juste Sofia Lassoued). Même si elle n’est pas née en France, elle « aime la France » et veut même « devenir présidente de la République », alors qu’elle entre en sixième. Et pourtant, ses parents algériens (interprétés par Fouzia Lyamini et Lyes Salem, toujours juste et séduisant) sont sans papiers et vivent dans une précarité qui va les conduire au drame.

 


On se croirait un peu dans Pagnol, d’autant plus qu’il fait toujours beau dans ce film tourné sur les bords de la Méditerranée, à Marseille. Le film a les airs d’une chronique d’enfance, dans laquelle la conscience de classe est bien mise en scène, à travers l’amitié avec une petite Française de famille aisée - qui lui annonce à la fin de l’été qu’elle ira dans un lycée privé car le public « a mauvaise réputation » -.

Mais autant qu’une chronique d’enfance, ce film est une protestation contre une politique : celle qui consiste à expulser les familles de « sans-papiers » dont les enfants sont scolarisés en France. Alors… il y a un faux air de Guédiguian dans ce récit marseillais métissé, - propos, atmosphère et même un certain manichéisme militant - sous la réalisation d’Ariane Ascaride. On retrouve aussi, chez la comédienne devenue réalisatrice, des qualités d’humaniste et de simplicité qui rendent le film fort appréciable.

A-t-on alors découvert, grâce à ces nouveaux talents, une nouvelle écriture télévisuelle ? Pas forcément. Ce qui différencie le téléfilm d’un film de cinéma, c’est peut-être cette obsession du sujet (la France, l’amour de la France, la question des papiers que l’on « traite » de manière un peu démonstrative et prévisible), une certaine linéarité de la progression dramatique, quelque chose qui reste assez lisse dans l’évolution des personnages et dans le regard que l’on porte sur eux. On n’est jamais vraiment surpris. Pourtant, à y regarder de plus près, - et sans dévoiler l’histoire -, ce récit mitonné par une jeune auteure, Baya Kasmi, ne manque pas de cruauté et d’à propos. Et la grande réussite du film, c’est Amina, qui rêve de s’appeler Alice. Cette gamine, aux facettes psychologiques complexes, - qui ne veut pas devenir une femme, doute de Dieu et déclare dès la première scène « je n’aime pas les arabes » - nous emmène assez loin dans sa révolte - qui interpelle et touche, forcément -.


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