écrit le 03/10/2010 à 01:00
par Caroline Pochon

CINÉMA - Petit tailleur de Louis Garrel : Naissance d'un réalisateur

Fils de Philippe, petit-fils de Maurice (et même neveu de Thierry !), Louis Garrel a affaire à un lourd et brillant héritage. L’enjeu pour le comédien, déjà vu au cinéma en incarnation du jeune héros romantique (dans Les amants réguliers de Philippe Garrel, La belle personne et Les chansons d’amour de Christophe Honoré notamment), était de se faire un prénom, et cette fois comme réalisateur. Et il y parvient avec finesse et élégance en faisant son premier film : Le petit tailleur, un moyen métrage, qui sort en salle cette semaine.

Le scénario est simple comme un conte yiddish. C’est l’histoire d’un petit tailleur qui tombe amoureux d’une belle et riche actrice. Quel fou est-il de rêver qu’elle va lui appartenir ? Le récit sentimental, ténu et émouvant, suit une progression classique. Ce n’est pas fou, c’est classique. Et c’est un récit maîtrisé, charmant et intelligent. Louis Garrel cinéaste ne cherche pas à transgresser ou à surprendre. Son intelligence, c’est de jouer avec les codes et sans transgresser, être assez fin pour déjouer les attentes et mener tranquillement son récit. Son héros, ce n’est pas lui-même qui l’incarne, mais Arthur Igual, un beau ténébreux et plutôt bon comédien. Son personnage n’est pas un cinéaste dans une famille de cinéma, c’est un tailleur dans une famille de tailleurs. Qu’importe, le film pose clairement la question de la transmission, de la relation au(x) père(s), à travers la très jolie amitié qui relie Arthur Igual à Albert (interprété par Grand Albert), la figure paternelle – bienveillant et plein d’une tendre ironie. Et cette fille riche et capricieuse, qui annonce au petit tailleur avec un sourire en coin de satisfaction jubilatoire qu’elle est riche pour au moins « sept générations », c’est Léa Seydoux…

On l’avait vue dans La belle personne (où elle jouait l’amoureuse de Louis) et dans bien d’autres films. Léa Seydoux, dans Petit tailleur, c’est la naissance de Vénus de Boticelli. Son visage est d’une beauté, d’une pureté, d’un magnétisme que l’on a pas vu depuis longtemps au cinéma en France. Ses gestes sont incroyablement touchants, la manière dont elle relève ses cheveux sur sa nuque. En voilà une que Louis n’aura pas volée à son père ! Filmée avec un immense talent par Léo Hinstin, jeune chef op’, Léa irradie chaque image, filmée en gros plan, avec son visage laiteux et tendre, son corps parfait et sa moue boudeuse. On a presque par moments des picotements comme devant Dieu créa la femme, quand on a découvert Brigitte Bardot ! Cette capacité à mettre en images la perfection de la beauté, c’est une chose que Louis Garrel réalisateur nous montre d’emblée.

On reconnaît « l’esprit » Garrel par le choix du noir et blanc, - très bien utilisé - (parce que « ça change de la télé » explique le réalisateur), par un montage bien rythmé - comme pulsé par les battements d’un cœur amoureux -, le récit axé sur les sentiments et leurs métamorphoses. Mais ce que Louis affirme, c’est une écriture cinématographique qui n’est pas dans la contemplation mais aussi dans le jeu, l’humour, l’action. Tout cela est bien sûr très parisien, très sixième arrondissement : entre le théatre de l’Odéon, les cafés et le boulevard Saint Germain traversé au pas de course… Mais cet univers est transfiguré et parvient à faire rêver un spectateur parisien : « Un garçon rencontre une fille et ensemble, ils cherchent un petit ailleurs, c’est ça. » explique humblement Louis Garrel.


TAGS : GAREL , CRITIQUE
partenaires

Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés