écrit le 18/10/2010 à 01:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - Kaboom de Greg Arraki : un trip euphorisant

Après une escapade dans un cinéma plus "sérieux" de par son sujet (la pédophilie) avec l'éblouissant Mystérious Skin, on pensait que Gregg Araki avait (enfin) grandi. Peine perdu, à 50 ans il reste le sale gosse du cinéma américain avec son univers pop trash déjanté. Mais cet univers coloré masque une vision beaucoup plus sombre.

Smith mène une vie tranquille sur le campus - il traîne avec sa meilleure amie, l’insolente Stella, couche avec la belle London, tout en désirant Thor, son sublime colocataire, un surfeur un peu simplet - jusqu’à une nuit terrifiante où tout va basculer. Sous l’effet de space cookies ingérés à une fête, Smith est persuadé d’avoir assisté à l’horrible meurtre de la Fille Rousse énigmatique qui hante ses rêves.
En cherchant la vérité, il s’enfonce dans un mystère de plus en plus profond qui changera non seulement sa vie à jamais, mais aussi le sort de l’humanité.

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Une oeuvre cohérente:

Figure de proue du film indé américain des années 90 (avec Todd Haynes, Todd Solondz et Larry Clark), Greg Araki crée une oeuvre particulière et originale. Avec Kaboom, il retrouve l'inspiration de sa Trilogie de l'Apocalypse Adolescente, composée de Totally F*****d Up, The Doom Génération et Nowhere.

Petit flash-back : Totally F*****d Up suivait sous la forme d'une chronique naturaliste, une bande jeunes gay, bi, errant dans la ville comme dans leur vie, sans savoir que faire. Un film réaliste qui est une vision violente et désabusée d'une jeunesse à la dérive.

The Doom Génération et Nowhere suivent la même veine, mais Araki s'éloigne du naturalisme et se rapproche du conte de fée, de l'onirisme aux allures parfois cauchemardesques. Le fond reste le même mais Araki se lâche, les couleurs flashent, il déguise et maquille la noirceur du monde d'une génération qu'il considère comme perdue. Kaboom est dans cette lignée. Les ados se sont réfugiés dans leur bulle d'où les adultes sont absents. Ils boivent, fument et s'ébattent joyeusement.

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Un pur délire

Amis scénaristes, ne le prenez pas mal, mais Gregg Araki, le scénario rigoureux, parfaitement construit, il s'en fout. Bien sûr il construit son récit, les personnages sont caractérisés, les dialogues sont au couteau, il tente même un suspens noyé dans le délire, dans un no man's land entre onirisme fantasmatique et sombre réalité. Pour le reste, ça part en sucette, à croire que Gregg Araki écrit sous substances euphorisantes illicites. Il reste toujours entre deux mondes, entre trip hallucinogène et réalité et finit par perdre le spectateur dans ses propres tergiversations : le danger qui guette est-il bien réel ou l'effet secondaire d'un space cake ? La sorcière en est-elle vraiment une ? Qui est vraiment le concierge ? Gregg Araki lorgne du côté du conte de féé avec ses grandes figures ancrées dans l'inconscient collectif : le prince charmant (un surfeur abruti mais beau comme un dieu grec), une sorcière, un gimini crickett (sous forme rasta), à ces figures viennent se confronter celles plus traditionnelles du teen movie (film pour ado).

La seule limite du film,  due au manque de rigueur scénaristique, réside dans sa fin apocalyptique qui laisse le spectateur pantois. Ce qui sauve le film du grand n'importe quoi c'est sa générosité, son exubérance et la grande liberté d'Araki à la réalisation. C'est malin, drôle, hédoniste, nihiliste, une vision totalement désabusée d'un monde qui implose où le délire est le seul remède contre la déprime.

 


Kaboom de Greg Araki (3 extraits)


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