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CINÉMA - Lenny de Bob Fosse : Que le spectacle commence!
Sobrement intitulé Lenny, ce biopic de Bob Fosse (Palme d’Or en 1980 pour Que le Spectacle Commence) consacré à la vie du comique américain Lenny Bruce est ressorti ce mercredi 13 octobre dans quelques salles sur une bonne idée de Carlotta Films. Ce long-métrage de 1974 est l’occasion pour les plus jeunes de découvrir un Dustin Hoffman au sommet de son art.
Tout commence par une réponse. Celle de la douce Honey à un journaliste désireux de retracer la vie de Lenny Bruce, Leonard Alfred Schneider de son vrai nom, l’homme qui a révolutionné l’humour aux Etats-Unis. Ce journaliste interviewe les proches de l’artiste après sa mort en 1966. Sa femme donc, mais également sa mère, ou bien son agent. Le film suit un déroulement chronologique. On apprend d’abord à connaître notre héros : un comique raté/has-been arrivé dans le métier par hasard. L’habituel maître de cérémonie absent, sa mère l’a un jour chargé de présenter les numéros de music-hall du club où elle travaillait. Lenny vivote comme il peut dans la région de New York, courant le cacheton à droite, à gauche, là où l’on veut bien de lui, de ses blagues ringardes et de ses mauvaises imitations.
Son regard croise un jour celui d’une stripteaseuse, Honey, dotée du plus joli sourire jamais vu depuis l’invention de la dent (que serions-nous sans toi, Léonard de Vinci…). Le courant passe bien. Leur relation est fusionnelle, à tel point qu’ils décident de travailler ensemble. Sur un coup de tête, ils filent en Californie. Le petit brun et la blonde plantureuse rôdent leur « act » dans des boui-bouis lors de leur traversée du pays, enchaînant les bides mais qu’importe, cela suffit pour mettre de l’essence dans la voiture. Une fois arrivés, ils achètent une maison et ont un enfant ensemble, une petite fille. Vient le début des galères… La bohème, les drogues et les tromperies. Madame fait un premier séjour en prison, devient junkie. Pendant ce temps, Monsieur s’occupe du bébé.
Néanmoins, ces événements contribuent à donner un coup de fouet à sa carrière. Lenny ne se contente plus d’introduire les autres artistes ou de raconter des suites de blagues, il parle à son audience, littéralement. Il la fait rire en racontant son quotidien avec des mots crus. Il se balade micro en main dans la salle, la tient en haleine, et invente ainsi un style (Fabrice Eboué ne serait donc pas l’inventeur du stand-up ?). Le succès arrive. Il comprend que les gens aiment qu’on leur parle de choses qui les touchent. Sans filet, Bruce improvise et s’essaye à la satire politique, avec brio. Sur Eisenhower : « Vous, les étudiants, cessez de l’énerver avec la bombe. Il ne sait même pas où elle est… ». A un journaliste de Time Magazine venu le questionner, il avoue que tout n’est que mercantilisme, qu’il ne croit pas en ce qu’il fait, que ce n’est que pour amuser son public. C’est faux, évidemment. Voilà maintenant les ennuis…
Il se prend au jeu de la contestation et de l’irrévérence. Son langage grossier passe mal, forcément, dans une Amérique en plein Maccarthysme. On l’arrête. Une fois, puis deux, puis trois, etc, … Lenny Bruce s’amuse de ses provocations et fait le buzz avant même que l’on invente le mot. Lui qui, il y a quelques mois encore, ne jouait que dans de modestes hôtels de la banlieue de New York devient le comédien le plus connu du pays ! Ses impros sont incroyables, il ne donne jamais le même show deux soirs de suite. On lui intente un procès pour avoir utilisé le mot « cocksucking » alors qu’il défendait deux instituteurs homosexuels qualifiés par un éditorialiste de « pervers à ne plus jamais laisser entrer dans une salle de classe ». Lors de sa performance suivante, il inclut dans son spectacle les policiers venus le surveiller, revient sur l’affaire de manière absolument hilarante, fait participer le public, et nous aide à mieux comprendre pourquoi il est toujours considéré comme la référence ultime aux USA, celui qui a influencé les Seinfeld, Cook, et autres Sandler. Cependant, à trop vouloir hurler les injustices au nez des puissants, il finit par s’enfermer dans un rôle. Ne provoque plus que pour provoquer. Les tribunaux ne le lâchent pas.
Il boit, se drogue, arrive sur scène défoncé. Il délaisse le côté drôle pour ne se concentrer que sur le politique. Clown triste, clown paumé. La gloire est montée à la tête de cet homme qui a arrêté les études très jeune. Sa mère tente pourtant de l’aider mais en vain. Alors qu’un énième procès menace de tout lui faire perdre, Lenny se suicide dans sa salle de bain. Les policiers lui donnent raison et font dans ce qu’il aurait qualifié d’obscène : ils laissent entrer les photographes pour immortaliser sa dernière posture et vont jusqu’à lui replanter sa seringue dans le bras pour les besoins de certains clichés…
Sans aucun doute, Lenny est un grand film. Grâce à la vérité de ses propos. A la qualité de ses interprètes, un virevoltant Dustin Hoffman nominé aux Oscars à cette occasion et une Valerie Perrine qui, elle, remporta le Prix d’Interprétation du Festival de Cannes pour ce rôle. A un scénario et un montage rythmé et moderne. Et à beaucoup d’autres choses encore. Un film à voir, incontestablement.
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