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CINÉMA - PIcture me de Sara Ziff et Ole Shell: rencontre du type à côté de la belle blonde!
La rédaction de Scénaristes reçoit régulièrement des propositions de dvd à chroniquer, de projections presse à aller voir, ou d’interviews à réaliser. Je suis ainsi allé voir un mois et demi avant sa sortie un édifiant documentaire sur les coulisses de la mode signé Ole Schell et Sara Ziff, Picture Me. Fin septembre, les deux co-réalisateurs new yorkais étaient à Paris pour assurer la promotion du film. Mais malgré plusieurs demandes d’entretien faites trois semaines à l’avance, pas de réponse de la part de leurs attachés de presse. Pas glop… Heureusement, en passant par des canaux parallèles, le très disponible Ole m’a incrusté à une fête donnée dans une boîte branchouille du « gay Paris » comme il l’appelle, comprenez le Marais.
0h10, à l’entrée de cet établissement, nouvel obstacle sur mon chemin : le gracieux monsieur de l’accueil et son assistante à liste magique me disent que mon nom ne figure pas parmi ceux des heureux élus. Là encore, ce n’est pas faute d’avoir confirmé ma présence auprès de l’organisateur. Plusieurs fois même ! Je ne cherche pas à comprendre et envoie un mail à Ole. Là, soit son Blackberry vibre genre 6 sur l’échelle de Richter au moindre message reçu, soit c’est un geek patenté, toujours est-il qu’une minute chrono plus tard, le voilà dehors avec sa chemise à carreaux en train de demander à tout les mecs devant la porte « Are you Thierry ? » en prononçant le -TH à l’anglaise. Encore heureux qu’il n’y ait pas eu un autre Thierry dans les parages…
Après être entré avec un sourire ironique pour Madame Liste, Ole, d’un chaleureux « Have a seat, buddy », m’installe au milieu de son gang de cainris. La belle Sara est là, évidemment, mais un Tony photographe aussi, un Craig photographe, un Patrick je ne sais quoi, et encore un autre mec avec une tête d’indien. Tous dans le milieu de la mode. Entrée en matière délicate : ce n’est pas ma langue maternelle et difficile de s’entendre parler avec le DJ qui tient à tout prix à nous mettre les Beastie Boys à en faire cracher les enceintes. Finalement, le Tony qui « looooove soccer so much » engage la conversation et lance ma soirée. Une heure plus tard, je ressors avec Mister Schell, qui a fini 4ème d’un concours de mauvais sosies de Dustin Hoffman jeune en 1996, afin qu’il réponde à mes quelques questions. Je n’ai pas parlé des masses avec Sara. Mon pauvre 1m72 se sentait quoiqu’il arrive bien trop émasculé à côté d’elle. Remarquez, s’il a réussi à la pécho... Adriana Lima, tu es libre samedi soir ?
S.biz : Vous vous êtes connus comment, toi et Sara ?
Ole Shell. : Je l’ai connue à la campagne, ses parents avaient un chalet au nord de New York, et mon oncle aussi. J’y jouais au basket-ball et je la voyais de l’autre côté. Je me disais que c’était la plus jolie fille que j’avais jamais vu donc j’ai été lui parler et elle a noté son numéro de téléphone sur mon bras avec un feutre jaune…
S.biz : Vous avez quel âge maintenant ?
O.S. : J’ai 35 ans et Sara en a 28 maintenant.
S.biz : De quand à quand les images ont-elles été tournées ?
O.S. : C’est difficile de donner les dates exactes parce-qu’on a commencé à se filmer entre nous, à filmer nos vies, sa carrière. Je commençais ma vie de réalisateur, elle démarrait sa carrière de top-model. Donc je la suivais, je faisais un peu de montage et je lui donnais quelques petits films. Mais il n’y avait aucune intention d’en faire une œuvre cinématographique.
S.biz : Quel était le but ?
O.S. : On voulait juste se fabriquer des souvenirs. Puis j’ai montré ces images à mon père qui est journaliste et il a pensé qu’il y avait vraiment une histoire à raconter. On a donc décidé d’utiliser ça pour en faire un film. J’ai commencé à interviewer des amies de Sara, des top models, des directeurs de casting, des stylistes, et des photographes. Puis j’ai donné des caméras aux models pour qu’elles filment leurs vies et tiennent des journaux intimes vidéo où elles parlent directement à la caméra de leurs expériences et de leurs problèmes dans cette industrie.
S.biz : Sans ton père, il n’y aurait donc pas eu de film ?
O.S. : Oui, mon père a été l’élément déclencheur.
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S.biz : Comment as-tu procédé pour construire Picture Me ?
O.S. : C’était dur, j’avais plein de cartons remplis d’archives. Donc j’ai d’abord pris ce qu’il y avait d’intéressant. Ensuite, il a fallu trouver la structure. J’ai donc noté les problèmes récurrents des tops : elles démarrent toutes très jeunes, donc c’est devenu une partie du film, la jeunesse. Un autre : leur matérialisation, le fait qu’on les utilise comme de vrais objets. Encore un : la minceur voire la maigreur. Ou bien : que fait-on une fois que l’on est trop vieille ? Voilà les problèmes auxquels elles font face, auxquels Sara a fait face. Donc j’ai fait en parler Sara avec les filles.
S.biz : Tu as été partout avec elle, non ?
O.S. : Je l’ai suivie à Paris, à Londres, à New York, en Afrique.
S.biz : Quelle est la chose la plus choquante que tu aies vu dans ce monde de la mode ?
O.S. : Je crois que la chose la plus choquante que j’ai vue de mes propres yeux est l’âge de certaines filles. Beaucoup d’entre elles débutent à 14 ans, mais il y en a même qui le font à 12, 13 ans. Il y en avait même qui faisaient des coloriages dans les coulisses… On les habille comme si c’étaient des adultes mais ce ne sont vraiment que des enfants. Tout est faux !
S.biz : Les parents de Sara sont des gens très éduqués, sa mère est avocate, son père est professeur de neurobiologie à l’université Columbia de New York. Ce fut une chance pour elle d’avoir des gens comme vous pour l’aider à ne pas sombrer…
O.S. : Oui, j’ai essayé de l’aider. C’est difficile pour elles de faire sans cesse la navette entre New York, Milan, Londres et Paris pour des défilés. Elles sont super fatiguées. C’est pour ça que beaucoup de filles aiment avoir leurs copains avec elles, pour rester lucide. Sara ne réalisait pas sur le moment qu’elle avait de la chance de m’avoir, mais elle a compris plus tard que j’étais un vrai soutien pour l’empêcher de devenir folle.
S.biz : Alors qu’est-ce que ça doit être pour les filles qui viennent par exemple d’Europe de l’est et de milieux modestes…
O.S. : La plupart des autres filles n’ont rien, elles débarquent ado, ne parlant ni anglais ni français. Elles sont loin de leurs familles, de leurs cultures. Elles ne savent pas ce qui est bien ou mal ici donc il peut leur arriver des bricoles. Qu’on leur prenne leur argent par exemple ou qu’un photographe abuse d’elles, ce genre de chose.
S.biz : Où en est Sara dans les études ?
O.S. : Elle a presque fini la fac, encore un semestre. Au printemps, elle en aura terminé.
S.biz : Sait-elle ce qu’elle veut faire ensuite ?
O.S. : Elle étudie les sciences politiques. Elle veut aider la nouvelle génération de models. Lancer son organisation pour conseiller ou « unir » la nouvelle génération. Pour qu’elles aient quelqu’un à qui parler. Pour l’instant, elles n’ont quasiment aucun interlocuteur. Elles se plaignent à leurs agents mais eux, ils doivent leur trouver du travail. Sara veut les aider si elles en ont besoin sur les questions financières, de harcèlement sexuel, etc, ...
S.biz : Elle veut donc rester dans ce milieu ?
O.S. : Pas exactement dans ce milieu, mais y être liée, oui.
S.biz : Est-ce qu’elle est toujours "model"?
O.S. : Un peu mais elle se concentre surtout sur l’école. Elle l’a refait un peu pour payer ses cours. Aux Etats-Unis, les universités coûtent très cher, pas comme ici ou tout est quasiment pris en charge. Là-bas, c’est 30 000 dollars l’année.
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S.biz : Quel est ton prochain projet ?
O.S. : Je l’ai déjà terminé, c’est un film sur la Chine, sur des entrepreneurs en Chine : Win in China. Ca parle du gouvernement communiste qui a mis sur pied le plus gros business plan au monde, ce qui est assez ironique, et qui l’a diffusé à la télé. C’est donc une émission de real-tv qui s’appelle également Win in China où l’on voit plein d’entrepreneurs rivaliser pour de l’argent mis en jeu afin de lancer ou étendre leur affaire. C’était censé stimuler la croissance économique et donner des idées. On y voit des vendeurs de Ferarri, des rappeurs chinois, des punk-rockeurs chinois, un type qui essaye de devenir le roi du monde de la lingerie, … Beaucoup de gens qui représentent la « nouvelle Chine ».
S.biz : Donc pas de film de fiction à l’horizon ?
O.S. : Le suivant sera un film de fiction, toujours en Chine. Ca s’appellera Little Tiger, à propos d’un petit américain obligé de déménager à Pékin.
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