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CINÉMA - The social Network : un Fight club zero ?
L’affiche est séduisante. David Fincher, réalisateur surdoué d’Hollywood, signe son huitième long-métrage et c’est déjà un succès. Mais le réalisateur de « Seven », « Zodiac » et « Fight club » a perdu sa perversité : quel dommage.
Dans « Fight club », une amitié masculine, entre fascination et manipulation, perverse à souhait, entraînait un jeune homme ordinaire et introverti dans les caves du Fight club. Frisson culte du jeune public masculin en 1999 (un million d’entrées en France et vente triomphe du DVD). Aujourd’hui, avec « The social network », il est toujours question de club fermé et d’un jeune « nerd » mal dans sa peau, à la limite de l’autisme (dans « Fight club », c’était plutôt la schizophrénie), mais on dirait qu’Hollywood a fait main basse sur le génie de David Fincher. Le scénario, écrit par Aaron Sorkin, à partir du roman de Ben Mezrich « Accidental billionnaires » (traduit en français « La revanche d’un solitaire »), est une banale success story à l’américaine, qui reste au premier degré de A à Z. Pourtant, le film est produit par Kevin Spacey… La tension libidinale puissante, aux forts relents homosexuels, qui innervait « Fight club » a été réduite à quasi néant. On en retrouve un erzatz dans les images d’aviron où les hommes suent ensemble au fil de l’eau, notamment deux frères jumeaux, clones lisses de Brad Pitt (héros immense de « Fight Club », désormais absent). Alors, « The social network » serait-il comme le coca-cola zéro, un fight club sans fight ? Un film de David Fincher sans ce qui faisait le talent de David Fincher ?
Pas d’intentions ni de parti-pris, pas d’arrières-pensées, pas de machiavélisme, pas d’understatement dans les dialogues et hélas, plus de véritable violence dans les échanges humains : où est le Fincher de « Fight club » ou de « Seven », son thriller noir, grand succès ? Là, on suit pas à pas, et plutôt laborieusement, la création de la nouvelle multinationale américaine : Facebook. Seule particularité : les héros ont 20 ans, les cheveux collants et des boutons sur les joues. Etrange ambiance de « teen movie » qui ne va pas jusqu’au bout. Il n’y a pas de sexualité. Seul, le personnage principal, que l’on peine à appeler à héros tant son comportement suscite peu l’empathie, et que l’on peinerait presque à appeler un personnage tant c’est un bloc de glace opaque et qui semble incapable d’évoluer et de découvrir d’autres facettes de lui-même au cours d’un récit qui semble le laisser totalement indifférent et égal à lui-même. Il n’y a pas non plus dans ce film la magie de la fascination du monde adolescent que l’on trouve chez Gus Van Sant ou encore Larry Clark. Mais on se dit tout de même que David Fincher a vu Elephant. Et qu’il a voulu tourner autour de quelque chose de semblable… Mais ce qui fascine le réalisateur de l’homosexualité masculine américain, Gus Van Sant, c’est une chose que David Fincher n’a pas su trouver, - ni dans ses images, devenues banales et cliché, ni chez son personnage, plutôt laid, peu expressif et sans mystère (sans parler de ses acolytes, tous deux dignes de « Happy Days »), ni dans ce quelque chose qui aurait pu traîner dans son film et en est totalement absent : le charme, la grâce.
Du coup, on connaît tous le scénario de la succès story. Aaron Sorkin est un des auteurs phares de la série américaine « A la Maison Blanche » ("The West Wing"). Ce sont donc les rapports de pouvoir qui l’intéressent. Soit. Aucune des péripéties de l’aventure ne nous est épargnée. Jalousie des rivaux : ceux deux jumeaux blonds et propres sur eux sont malheureusement niais et ridicules, absolument pas menaçants. Jamais bizarres non plus. Fincher savait mieux camper ses personnages de méchants. Réussite auprès des filles : l’affaire est « torchée » en une séquence (et on ne voit rien). Ceux qui voulaient du glam ou du trash resteront sur leur faim. Ce héros ne baise jamais et le film ne se pose même pas la question. Son problème, sans doute. Et pour un anti-héros, il n’est pas touchant. On reste presque indifférent à son destin, si étonnant soit-il. Fincher a-t-il voulu faire l’histoire d’un salaud extraordinaire ? Pas sûr pour autant. Ce parti-pris n’est même pas franchement assumé. Son véritable « drive », ce qui le meut : on ne le ressent pas vraiment.
On assiste ensuite à la figure de style du genre à la fin de l’acte deux : séduit par un « affairiste intéressé-et-cynique-qui-prend-des-parts-dans-la-société » et évince son ami cofondateur de Facebook, notre héros multimillionnaire à 20 ans vit la trahison. Peut-on dire pour autant que la trahison soit le véritable sujet du film ? Pas vraiment, tant la trame est noyée et amollie par moult péripéties secondaires.
Enfin, comme si le tableau n’était pas déjà bien chargé, le film a recours au bon vieux procédé des flash-backs. Car bien sûr, tout se déroule pendant le procès qui oppose le héros à ses ennemis ! Puis, pour bien couronner le tableau et donner plus de vérité à ce récit pourtant déjà si criant (de vérité…), le film nous explique à la fin combien ont gagné les uns et les autres. Bref, on sort du film plein d’ennui et de déception, - on aurait adoré être perturbé, hanté par ce nouveau film - et l’envie de prendre le DVD de « Fight club » pour voir du vrai David Fincher.
Lien intéressant : http://www.lesinrocks.com
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