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TV - Misfits : le club des cinq cas sociaux
La série Misfits diffusée discrètement depuis novembre sur Orange Cinéchoc arrive à la fin de la mode des super-héros. Cela ne l’a pas empêché de recevoir le prestigieux BAFTA dans la catégorie comédie-dramatique. Un succès qui peut s’expliquer par son traitement et par le fait qu’elle remet à leur juste place ces bêtes histoires de super-pouvoirs : finalement un truc d’ados marginaux, et britanniques.
La banlieue fictive où évoluent les cinq personnages n’est que couloirs, vestiaires, chiottes, quais, rues et bâtiments déserts. A part quelques éducateurs à la durée de vie éphémère, des retraités en fin de vie, et d’autres freaks comme eux, peu d’âmes qui vivent dans ce Londres qui emprunte à Orange Mécanique certains décors. De fait, ces djeunes condamnés aux travaux d’intérêt général transpirent l’envie d’en découdre avec la vie. Surtout depuis qu’un orage du troisième type les a affublé d’un “pouvoir” incontrôlable, voire stupide comme celui d'agir sur toute substance lactée.
Mais au lieu de pouvoir, les pas si super-héros auraient plutôt intérêt à savoir, à prendre conscience de leur condition, de leur potentiel, de leur sexualité et/ou de leurs sentiments. D’où une métaphore drôle et crue de cette période ô combien merveilleuse qu’est la fin de l’adolescence. Les mutants qu’ils affrontent contre leur gré à chaque épisode ne sont presque rien comparés à la perspective de devenir des adultes raisonnables et bien habillés.
La crudité, c’est dans la caractérisation des personnages qu’on la trouve, et dans la liberté d’action et d’expression que les auteurs (et les diffuseurs dont Channel 4) leur ont donné. Défiant toutes les conventions sociales et pas mal de traités internationaux sur la représentation des jeunes à la télévision, on boit, on fume, on tue, on fait caca et on fornique pas mal dans Misfits. Tout ce que l’ASBO, une loi créée à l’initiative de Tony Blair en 1998, désigne comme étant un comportement anti-social qui pourrait faire perdre son sang froid.
Les scénarios font le portrait d’une certaine jeunesse britannique, filles-mères, pères abusifs, overdoses, et ultra-violence : on croirait les manchettes d’un tabloïd. Les “cailleras” (loubards) d’Orange Mécanique sont cousins des Misfits, et des jeunes adultes de Trainspotting. La série toute entière semble être un bras d'honneur à l’autorité, aux institutions, une ode aux valeurs amorales. Qu'on se rassure dans les chaumières, car selon l'auteur Howard Overman, Nathan, Alisha, Simon et les autres ne sont « pas des héros conventionnels mais ils restent fondamentalement bons ».
La première saison se termine quasiment sur un deus ex machina qui se transforme en fil-rouge artificiel dans la seconde. Les créateurs usent sans abuser du pouvoir de déplacement temporel d'un des personnages pour re-écrire complètement certains épisodes.
En espérant qu'ils ne s'enliseront pas dans la troisième. En dépit de cette faiblesse narrative, largement compensée par l'énergie du script et des acteurs, ce mélange trash-core de Skins et Heroes va faire pâlir d’envie les scénaristes français. Channel Four avait déjà surpris en 2008 avec une mini-série de 5 épisodes, Dead Set, cocktail critique de zombies, gore et télé-réalité, impensable en France. Faut-il à ce point envier les auteurs anglais ? Et si la réalité de l'écriture télé britannique était moins belle ? Et s’ils avaient dû comme les anti-super-héros de Misfits, arracher cette liberté à une flopée d’antagonistes ?
Misfits, créée par Howard Overman en 2009, 2 saisons, diffusée sur Orange Cinéchoc depuis novembre 2010
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