écrit le 09/01/2011 à 08:00
par Rachid Ouadah

TV - Haven, station balnéaire du scénario

D’un court roman de Stephen King, The Colorado Kid, des producteurs ont tiré une série diffusée actuellement sur Syfy. Malgré le format et le genre, la structure de Haven est assez peu différente d'une histoire façon Agatha Christie - à laquelle on aurait soustrait le sens du suspens.

Tournée au Canada, Haven lorgne sur les deux oeuvres matrices du fantastique télévisuel contemporain : X-Files et Twin Peaks.

Alors voilà : dans une ville portuaire censée figurer le Maine profond, un agent du FBI enquête avec un flic et d’un voyou locaux sur les “troubles”, des phénomènes inexpliqués qu’il va s’agir d’expliquer. L’agent, une femme jeune et jolie cela va de soi, va découvrir que ses origines sont liées à ces phénomènes, cela va de soi également.


Bande-annonce :

 

Malgré et à cause d’une mécanique ultra huilée, tout est prévisible dans Haven, à commencer par son bestiaire paranormal. On jurerait que les scénaristes ont appliqué scolairement leur bible et/ou leur Lavandier illustré.

Une fois dépouillée de son jeu d’acteurs convaincus et de dialogues efficaces, ses faustes pistes repérées, chaque intrigue apparaît telle qu’elle est réellement : un whodunit. Une charpente si évidente que la série peut faire office de mannequin pour aspirant écriveur, comme les étudiants en médecine et les secouristes ont le leur. Mais un cluedo somme toute répétitif à la fin duquel le téléspectateur est censé découvrir que l’assassin n’est pas le colonel Moutarde avec le chandelier comme tend à prouver le faisceau d'indices, mais le chandelier avec le colonel Moutarde. Une situation certes fantastique mais qui débouche malheureusement sur des absurdités pas faites exprès. Dans tel épisode un faux coupable découvrant qu’il a été empaillé par sa mère se demande comment continuer à élever son fils dans ces conditions.

Heureusement pour lui, le script a prévu une sorte d’absolution morale qui aide les protagonistes les plus dangereux et ceux surtout qui au terme d’un épisode se retrouvent dans une impasse narrative, à “vivre leur différence comme une valeur ajoutée”. Après tout, il y a des gens aux yeux bleus, d’autres ont les cheveux noirs, alors pourquoi la petite ville de Haven n’aurait pas un métamorphe, une ombre baladeuse, un musicien qui joue directement pour le cerveau des auditeurs, etc. Pour les besoins de la dramaturgie, ces freaks sont tous des assassins en puissance. Stupéfiant contraste avec des décors calmes et sans reliefs.

Il règne une certaine légéreté dans l’humeur des personnages, la musique et les scénario de Haven. La réalité peut bien basculer, le FBI et gouvernement fédéral des Etats-Unis restent stoïques, et les personnages se contentent de remarquer “quelque chose d’étrange”. Poussée dans ses retranchements, cette légèreté aurait pu devenir une savoureuse forme d’humour que Mark Frost et David Lynch avaient réussi à incarner dans l’agent Dale Cooper. Au lieu de cela, les scripts de Sam Ernst et Jim Dunn courent à l’invraisemblance. Adapter correctement King est pourtant simple : d’abord se contenter d’un unitaire, oublier presque tout de l’auteur original, et enfin s’appeler Kubrick, De Palma, Romero, Carpenter ou Cronenberg.

Sans doute sensible à des procédés simples et au twist du dernier épisode, le public de Syfy a plébiscité la série qui dispose désormais d’une seconde saison pour se lâcher un peu plus ou confirmer ses faiblesses.

Haven, d'après Stephen King, crée par Sam Ernst et Jim Dunn, 1ère saison diffusée par Syfy depuis octobre 2010.


TAGS : SERIE , SF , SYFY
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