Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
SERIE - The walking dead : 'cause this is thriller !
La série qui defraye la chronique en ce moment est produite par deux ténors du cinéma de genre américain : Frank Darabont et Gale Anne Hurd. “The Walking Dead” poursuit l’ambition de “devenir pour le zombie ce que Mad Men a été à la publicité”. Elle devra pourtant revoir sa copie si elle veut survivre dans le paysage audiovisuel.
La vraie scène d’ouverture du pilote c’est un dialogue anodin en plan serré entre deux amis qui seront les acteurs du principal conflit qui sert de colonne vertébrale de la première saison. Quelques minutes plus tard, la promesse de profondeur du récit se précise. Après une apocalypse elliptique, on retrouve l’un d’eux comateux, titubant dans un hôpital désert, presque en haillons comme s’il était lui-même un zombie. Les portes de la cafétéria sont scellées et marquées à la bombe : “Dont Open / Dead Inside”. Il y a quelque chose qui grogne à l’intérieur, quelque chose qui veut sortir.
C’est implicitement explicite : l’objet du récit n’est pas la survie de l’humanité au milieu des zombies, mais le combat contre les vivants, contre cette pulsion de mort qui nous anime aussi, paradoxalement.
Inattendu, le héros accompli sa première quête, retrouver femme et enfant, dès le troisième épisode. Heureusement, sa droiture morale gentiment symbolisée par son uniforme et son statut de sherif lui a déjà fait contracter des engagements envers d’autres personnages. Quant à savoir comment tout a commencé, c’est un mcguffin évoqué mais non utilisé.
Dès lors, la horde de mort-vivants, métaphore de ce que voudra y investir le spectateur, ne sont que des obstacles mouvants, des marionnettes aux ordres des scénaristes. Pour eux, ils rabattent les vivant-vivants vers des situations, des épreuves plus morales que physiques, ou vers d’autres survivants qui scelleront leur destin. Ils rythment l’action et maintiennent un climat d’insécurité permanent autour des héros qui de fait créer une forte empathie, y compris pour les protagonistes les plus abjects.
En vérité, à part quelques décapitations et une résurrection ici et là, on ne traite que de problèmes fondamentalement humains, rien de neuf depuis Caïn et Abel sinon le fusil à pompe et la guerre bactériologique. The Walking Dead est juste un thriller, mais pas forcément un thriller juste.
Le plus terrifiant ce ne sont pas les bruits grossiers de boucherie que font l’ingénieur du son et les chairs quand elles explosent. C’est l’engouement morbide de la critique pour ce qui n’est qu’une variation somme toute moyenne du mythe cinématographique du zombie.
L’épisode pilote trompe son monde car il est réalisé comme un long métrage. Darabont semble avoir pris son temps pour écrire et tourner un véritable film, imprimé d’ailleurs sur une pellicule 16 mm à l’époque où le numérique HD est la norme. A l’origine, il y a une bande-dessinée écrite en 2003 par Robert Kirkman, un type avec une barbe. AMC s’en empare et confie l’écriture de l’adaptation à Frank Darabont, et la production à Gale Ann Hurd. Les deux mastodontes du cinéma sont enchantés par le faible coût des droits d’adaptation et par le caractère adulte de l’intrigue et des personnages : ils n’imaginaient pas qu’on pouvait raconter une vraie histoire avec des zombies.
Hurd n’en n’est pourtant pas à son premier coup d’essai dans la science-fiction et le nanar d’action. La chaîne câblée américaine, auréolée du succès de Mad Men et Breaking Bad, croit tenir avec ce sous-genre exploité une seule fois à la télévision (Dead Set, 2008, E4) l’occasion de se faire remarquer dans le paysage audiovisuel fantastique saturé de fictions vampiriques et de scories d’X-Files.
L’effort sans doute sincère du réalisateur de La Ligne Verte et de la productrice des Terminator ne suffira pas, selon les critères mêmes de la chaîne dont le slogan est “Ici, l’histoire ça compte”. Alors que la complexité des personnages se dessine au fur et à mesure, le héros-shérif stagne presque dans sa caricature d’incarnation du bien. Un personnage si bon qu’il semble être le seul à ne pas avoir compris le message : l’homme est un loup pour l’homme. Le shérif Rick Grimes, n’a pas seulement un nom ridicule, il souffre aussi d’un manque d’antagonisme. Bien sûr, les zombies sont des adversaires dangereux. Mais ils ne sont rien comparés à Merle Dixon, anti-thèse néo-nazie du héros, souffrant lui aussi d’un nom ridicule et d’avoir été abandonné menotté sur le toit d’un immeuble infesté de zombies. Inventé pour l’adaptation, cet antagoniste idéal disparaît très vite au profit d’une sous-intrigue inutile mettant les héros aux prises avec un gang de latinos au grand coeur...
Le ridicule ne tue pas les mort-vivants mais peut affecter le spectateur. Le dernier épisode se déroule dans un labo isolé et confiné où, en l’absence des zombies, l’enfer c’est l’autre. C’est la pulsion de mort des vivants dont on nous parlait au début qui est bêtement illustrée. Un savant-fou suicidaire, des infographies couleur science-fiction, un compte à rebours, une grosse explosion... Commencer par un postulat aussi fort et finir avec tous les archétypes du film de genre est une déception. Par acquis de conscience, on ira jusqu’à visionner la série une seconde fois pour admettre ses qualités et vérifier la réalité de ses défauts. Tout donne l’impression que l’équipe de scénaristes qui s’occupe des RP (les relations entre les personnages principaux) ne partage ni les parti-pris ni la culture de celle qui construit la charpente des intrigues d’épisodes. Cela pourrait expliquer la qualité inégale des six premiers récits et ce final bouclé comme une évacuation d’urgence.
Interview de Frank Darabont et Gal Ann Hurd par Newsarama (en anglais)
Preuve qu’il ya quelque chose de pourri au royaume des zombies, malgré le succès de la première saison, Frank Darabont lui-même a déjà pris la décision de se séparer du pool de scénaristes permanents de la saison 1 et de recruter des franc-tireurs pour la suivante. Au pays de la puissante WGA, ce genre de choses ne se fait pas. Les coulisses de The Walking Dead risquent donc d’être plus intéressants que sa diffusion en France, à partir du 25 janvier sur Orange Cinéchoc.
The Walking Dead, créée par Frank Darabont, d’après Robert Kirkman.
Le premier tome de la BD
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés