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ELECTIONS - Laurent Heynemann flingue les scénaristes avant de tirer sa révérence !
La SACD tient son assemblée générale le 16 juin prochain. Déjà par vote électronique, ses membres peuvent élire de nouveaux représentants mais aussi se prononcer sur plusieurs résolutions qui chamboulent les intérêts des réalisateurs et des scénaristes. Un combat sur lequel nous revenons à nouveau puisqu'il se joue en partie à cette occasion. Nous vous avons d'ailleurs invité à voter pour les candidats issus de la Guilde Française des Scénaristes.
Si un média ou un syndicat d'auteurs sont tout à fait légitimes à donner des consignes de vote, il est en revanche plus singulier que le président de l'organisation qui tient son assemblée profite de l'envoi de la liasse électorale pour faire passer les siennes, rompant ainsi avec son devoir d'impartialité et de réserve.
Lâcher un skud avant de partir en courant. C'est en résumé ce que vient de faire le président de la SACD, le réalisateur Laurent Heynemann dont le mandat se termine le 16 juin.
Dans un courrier adressé aux membres de la SACD en date du 5 mai (voir plus bas), le réalisateur, à défaut de pouvoir tenir la main des votants afin qu'ils insèrent le bon bulletin dans l'urne, explique comment il faut voter pour favoriser - devinez qui - les réalisateurs...

On le sait, les relations entre les réalisateurs et les scénaristes sont des plus passionnées, façon "La guerre des Rose" : je t'aime, moi non plus. Au coeur du problème : des histoires de paniers, des pommes, des poires, et des scoubidous bidous. Ah ? Oui mais pas seulement... Il y va aussi de la considération qu'on porte aux réalisateurs.
Selon le président de la SACD la question de la répartition "a nourri un antagonisme regrettable entre auteurs, les scénaristes s’estimant privés d’une part de leurs droits, les réalisateurs considérant qu’ils étaient réduits à la portion congrue et peu considérés au sein de la société... Chacun regardant dans l’assiette du voisin y trouvait matière à récrimination.."
Au delà des questions de considération dûe aux réalisateurs, il est tout à fait faux de dire que chacun jalousait la gamelle de l'autre, puisque les scénaristes n'ont jamais revendiqué une baisse des pourcentages des réalisateurs. Laurent Heynemann tente de nous raconter une belle histoire, avec les scénaristes pour méchants. En revanche il ne serait pas faux de dire que, pour leur part, les réalisateurs n'ont pas ménagé leurs efforts pour faire changer les choses et tenter de manger dans la gamelle des scénaristes.
Pour le commun des mortels, ces histoires de gamelles qu'on sépare ou qu'on partage paraissent plutôt complexes quand elles ne sont pas carrément soporifiques. Beaucoup des auteurs concernés n'y comprennent parfois pas grand chose... Alors évidemment, avec des consignes de vote provenant du président même de la SACD, on serait tentés d'être en confiance. Non content d'être coupable de manipulation manifeste - Heynemann sait qu'à priori, personne ne pourrait soupçonner le Président de "notre grande maison" de malhonnêteté intellectuelle -, en stigmatisant la Guilde des Scénaristes, il jette le discrédit sur les candidatures des Guildiens, faussant ainsi le résultat de ces élections. Effet collatéral ? On peut s'interroger sur le côté involontaire de sa stratégie. Sauf que...
En donnant des consignes de vote partisanes et en allant contre la Guilde des Scénaristes, le président de la SACD déborde largement de ses prérogatives. A quel titre a-t-il pris la plume ? Si c'est en qualité de président de tous les auteurs, c'est qu'il agit dans l'intérêt de la SACD. Dans ce cas, les intérêts de la SACD et ceux de la Guilde ne semblent plus converger. C'est inquiétant. Si c'est en tant que réalisateur, et donc à titre personnel, on peut s'interroger sur la régularité de la démarche de ce courrier aux allures officielles, utilisant pour le propager toute la force de la SACD.
Quoi qu'il en soit, la démarche hérisse de nombreux auteurs. Déterrer la hache de guerre et appeler à l'apaisement dans le même temps, tout en sachant qu'on n'assumera plus les conséquences de ce courrier, voilà qui n'est ni courageux ni fair-play.
Ce courrier est également une manière détournée mais très efficace pour décrédibiliser les candidatures des scénaristes membres de la Guilde. Dans son courrier, Heynemann écrit que ces propositions "émanent de certains auteurs" de la Guilde - comme de mauvaises odeurs sans doute - et qu'elles ne sont "pas convenables" ou "pas réalistes", sans en expliquer une seule seconde les raisons. Joies de la sémantique !
Ce qui "émane" surtout du courrier de Laurent Heynemann, c'est très clairement une manipulation visant à faire passer les scénaristes pour les ennemis éternels des réalisateurs.
Chers auteurs
Parmi les différentes mesures soumises à votre approbation lors de l’assemblée générale de notre société – et qui toutes ont leur importance – il en est une (résolution n° 6) sur laquelle je souhaite attirer particulièrement votre attention.
Elle concerne la création de forfaits distincts pour les scénaristes et les réalisateurs d’œuvres audiovisuelles.
De quoi s’agit-il ?
Lors de la suppression en 1994 du « droit image » qui rémunérait alors les réalisateurs pour la partie "auteur" de leur travail, le conseil d’administration, au lieu de négocier auprès des diffuseurs une dotation spécifique destinée à compenser cette perte, a procédé à un prélèvement sur la part des scénaristes. C’est ainsi que pour la diffusion inédite sur les chaînes historiques (TF1, France 2, France 3, Canal Plus, Arte, M 6) les réalisateurs perçoivent 10% (20% en cas de rediffusion) de la somme globale dévolue à l’œuvre.
A l’évidence, cette manière de faire n’était pas satisfaisante et a nourri un antagonisme regrettable entre auteurs, les scénaristes s’estimant privés d’une part de leurs droits, les réalisateurs considérant qu’ils étaient réduits à la portion congrue et peu considérés au sein de la société.
Chacun regardant dans l’assiette du voisin y trouvait matière à récrimination.
Pour sortir de cette situation préjudiciable à la bonne marche de la société, Pascal Rogard, directeur général de la SACD, a proposé au conseil d’administration de séparer les forfaits des scénaristes et des réalisateurs, demandé aux réalisateurs d’établir un nouveau barème de répartition de leurs droits et proposé qu’une somme annuelle exceptionnelle de 250 000 €, provenant de droits non affectés à une autre catégorie d’auteurs, abonde pendant trois ans le forfait dévolu aux réalisateurs afin de lisser les effets de ce nouveau mode de fonctionnement.
La mise en œuvre de cette proposition était également subordonnée à une augmentation des perceptions audiovisuelles de la SACD.
Cette condition étant largement remplie en 2010 et les réalisateurs ayant établi un nouveau barème de répartition, le conseil d’administration a voté lors de sa séance du 7 Avril 2011 à une large majorité cette réforme, et demande à l’assemblée générale d’adopter ces mesures.
Je vous invite donc à voter « Oui » sur la résolution n° 6 proposée par votre Conseil d’administration.
Je dois vous préciser cependant, pour être complet, que la SACD a été saisie d’une demande de délibération émanant de certains auteurs transmise via la Guilde française des scénaristes. Trois questions sont posées dont deux, si elles étaient retenues, videraient complètement de son contenu la réforme proposée par votre conseil d’administration.
La question n°1 (résolution n° 7) vise à supprimer l'abondement prévu de 250 000€ destiné à faciliter la mise en œuvre du nouveau barème des réalisateurs en modérant les effets négatifs de son application pour certaine catégories de réalisations. Ce n’est pas réaliste.
La question n°3 (résolution n° 9) vise à changer in extremis les règles de répartition entre les réalisateurs et les scénaristes dans un sens défavorable aux réalisateurs. Ce n’est pas convenable.
En revanche la question N° 2 (résolution n° 8), qui à pour objectif d’améliorer la représentation statutaire des auteurs d'animation au sein de la SACD, est tout à fait recevable. Elle doit conduire à une réflexion approfondie du Conseil d’administration. Je rappelle que les auteurs d'animation ne sont pas concernés par cette réforme dite "séparation des paniers".
Je vous invite donc à voter "Non" sur les résolutions 7 et 9 proposées par ce groupe d’auteurs mais « Oui » à la résolution n° 8.
A l’issue de l’assemblée Générale ordinaire, un nouveau conseil d’administration sera élu et une nouvelle présidente ou un nouveau président prendra la tête de notre société.
Je souhaite vivement que celle ou celui qui me succèdera trouve à son arrivée une situation apaisée, une solidarité entre auteurs restaurée, et puisse ainsi faire face avec les meilleures chances de succès aux défis posés par le bouleversement du paysage audiovisuel auxquels la SACD devra répondre dans l’intérêt de tous les auteurs.
Laurent Heynemann
Président de la SACD
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