écrit le 30/05/2011 à 00:00
par Caroline Pochon

CANNES - Une scénariste au pays des auteurs-réalisateurs

Un parcours rapide du catalogue du programme officiel du festival de Cannes laisse voir la place qu’occupe le scénariste dans le cinéma d’auteur que le festival de Cannes construit année après année.


Auteurs-réalisateurs sur les marches

La compétition officielle laisse découvrir la quasi-inexistence de la profession de scénariste à Cannes, pourtant carrefour mondial des cinématographies. Le film d’ouverture, hors compétition, Midnight in Paris de Woody Allen ne mentionne même pas la rubrique écriture. - C’est Woody, même gâteux, on ira ?! - Julia Leigh (Sleeping Beauty), a écrit toute seule son scénario. Comme Joseph Ceddar, Markus Schleinzer. Comme les frères Dardenne, Terrence Malick, Aki Kaurismäki, Nami Kawaze, Lars Von Trier, Pedro Almodovar. A la compétition Un certain regard, c’est à peu près le même constat. Les « grands » écrivent seuls. Gus Van Sant (Restless), ne mentionne pas la rubrique scénario. Kim Ki-Duk (Arirang) fait tout tout seul, comme Christian Jimenez (Bonsaï). Etc.

D’autres auteurs-réalisateurs s’impliquent fortement dans l’écriture et sont donc crédités à ce titre. C’est notamment le cas de Lynne Ramsay (We need to talk about Kevin), qui s’est entourée d’un coauteur pour adapter le roman de Lionel Shriver. Rory Stewart Kinnear. C’est aussi le cas de Nanni Moretti (Habemus papam), qui a travaillé avec Francesco Piccolo et Federica Pontremoli. Paolo Sorrentino a coécrit avec Umberto Contarello. Radu Mihaileanu s’est fait aider de Alain-Michel Blanc et de Catherine Ramberg pour La source des femmes. Nuri Bilge Ceylan a écrit Once upon a time in Anatolia avec Ebru Ceylan et Ercan Kesal. Quelle est la place du scénariste dans ces fragiles attelages ? Ami, complice, compagne ou soeur (?), ou encore, script-doctor embauché sur le tard au gré d’un financement de l’écriture parfois trop attendu… ?


Films « pas d’auteurs » ?

Seuls, les quelques films « pas d’auteur » semblent jouer le jeu du scénariste. A Un certain regard, Pirates des caraïbes est un film hollywoodien avec des scénaristes (Ted Elliot et Terry Rossio) distincts du réalisateur, Rob Marshall. Jodie Forster, pour The beaver, a employé les talents d’une scénariste, Kyle Killen. Seulsement deux films en compétition officielle partent de scénarios dont l’auteur n’est pas le réalisateur. Takashi Miike, avec Ichimei (Hara kiri, death of a samouraï), a eu recours à un scénariste qu’il a laissé travailler seul : Kikumi Yamagishi. Nicolas Winding Refn a confié l’écriture de Drive à Hossein Amini. Un des films les plus « formatés » de la compétition. Mais les plus applaudis aussi.
Il faut tout de même mentionner également, entre autres films proposé à Un certain regard, Andreas Dresen (Arrêt en pleine voie) qui a coécrit avec Cooky Ziesche. Nadine Labaki a deux coauteurs, Jihad Hojeily et Rodney Al Haddad. Parmi d’autres, Catalin Mitulescu a écrit Loverboy avec deux coauteurs (Bianca Oana et Bodgan Mustata). Mais les films d’auteur « avec scénariste » restent une écrasante minorité.


Et les Français ?

Meilleure élève de la classe en « compét’ », Maïwenn a écrit Polisse avec Emmanuelle Bercot, dont le nom est déjà bien connu en tant que réalisatrice (La puce, Clément, Backstage). Le succès cannois du film est-il un révélateur de la qualité obtenue ?
Robert Guédiguian a écrit Les neiges du Kilimandjaro avec l’aide de Jean-Louis Milési. On note aussi la féconde rencontre entre Xavier Durringer et Patrick Rotman (connu pour ses documentaires sur le monde politique), pour l’écriture de La conquête.
Mais au pays de la politique des auteurs, les scénaristes de cinéma n’ont pas beaucoup accès aux cinéastes. Bruno Dumont a écrit tout seul son scénario (Hors Satan), comme Pierre Schoeller pour L’exercice de l’Etat. En hors-compétition, Michel Hazanavicius a occupé tous les postes pour The artist. De même pour Christian Rouaud, avec Tous au Larzac. Bertrand Bonello (L’apollonide) a oublié la rubrique scénario, de même qu’Alain Cavalier (Pater). Et Christophe Honoré signe seul le scénario de son film Les bien aimés.

Malgré les aides à l’écriture auxquelles ont accès ces réalisateurs, il semble donc que la plupart aient privilégié une écriture solitaire. Elle se justifie pleinement pour une écriture filmique comme celle, éprouvée, d’Alain Cavalier, mais n’est-ce pas dommage de rester « sur soi » pour les autres ? La qualité des films ne finit-elle pas par s’en ressentir ? Si un premier film personnel comme The artist est le fruit d’un élan d’auteur brillant, que dire des films qui suivront et plus généralement, de la professionnalisation de notre cinéma ? Quand on voit le délire mélanc(h)olique voire eschatologique dans lequel s’est embarqué Lars Von Trier sans scénariste, on se dit qu’un peu de dualité dans l’écriture des films est parfois salvatrice.

Alors, tandis que l'édition 2011 de Cannes s'est terminée sans vrai enthousiasme, on a envie de voler au secours des ego de tous ces auteurs-réalisateurs !



TAGS : CINEMA
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