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PORTRAIT> | Le 4 novembre sort "Le Concert" de Radu Mihaileanu. A cette occasion, focus sur un scénariste très discret, à l'origine de l'idée du film.

écrit le 20/10/2009 à 11:00

par Nathalie Dassa


Hector Cabello Reyes est devenu en 2009 le scénariste le plus tourné avec trois films en sortie, dont deux réalisés par son fidèle acolyte, Éric Lavaine : Incognito, Protéger & Servir et Le Concert de Radu Mihaileanu. Rencontre
 

Hector Cabello Reyes, chilien quadrilingue arrivé à l’âge de 8 ans en France, a d’abord travaillé pour le théâtre pendant onze ans. Comme il n’en vivait pas, des amis de jeunesse, parmi lesquels des Robins des bois —qu’il qualifie   avec tendresse de « méphistophéliques »— l’encouragent à écrire pour la télévision. Il fait ses premiers pas sur Comédie en écrivant des sketches dans la Grosse Émission II, puis dans Nulle Part Ailleurs sur Canal+ : « Mon talent, ce sont mes amis, car je n’ai pas vraiment eu de soucis à pénétrer dans ce milieu et à y travailler. C’est comme en dramaturgie ; le personnage a les clés de la solution du problème implantées en amont, mais il ne le sait pas. Cependant, la télévision ne me convenait pas. Je ne pouvais pas supporter le contraste entre ce qui me faisait rêver dans ma chambre quand j’avais 15 ans —en gros devenir Philippe Caubère— écrire et monter de grands textes, et me retrouver à faire des sketches à une heure de grande écoute ».

Depuis ses débuts en télévision dans Nulle Part Ailleurs en 2001, Héctor Cabello Reyes vient pour la quatrième fois à Cannes. Lorsqu’on lui demande quelle est, pour lui, la place du scénariste français dans le plus grand festival du monde. Il répond : « Vous êtes un dealer à minuit à Stalingrad. Invité nulle part, des rendez-vous furtifs, à la sauvette, avec des producteurs qui veulent nous rencontrer. Nous sommes cachés, et c'est nous qui fournissons le matos. En ce qui me concerne, j’ai un très bon agent et trois films vont voir le jour. Les rendez-vous se succèdent mais je n’aurai pas toujours des années comme celle-ci. 3 films en 12 mois : je mange mon pain blanc ».

 

RENCONTRES ET PROJETS

A la recherche d’une opportunité, Cabello Reyes se donne un an pour écrire un scénario et le vendre. Il écrit finalement deux traitements, qu'il raconte à des amis, qui à leur tour en parlent à un dîner. Il y a là Isabelle Nanty. Quelques jours plus tard, Cabello Reyes reçoit un appel de Nanty, qui souhaite faire lire l’un des traitements, Le Concert, au producteur Philippe Rousselet (les Films de la Suane). Parallèlement, Cabello Reyes fait la rencontre d’Eric Lavaine, qui déclenchera une série de projets : Poltergay, Incognito, Protéger et Servir, et 3 autres films en production.

Ce jeune réalisateur travaillait sur sa série Le 17 avec Jean-Paul Rouve et Maurice Barthélémy. Cabello Reyes apprécie sa façon d’écrire et expose brièvement son idée originale de court-métrage Poltergay. Le producteur, François Cornuau, qui cherchait des projets pour faire démarrer sa maison de production, Same Player, s’engage sur l’idée d’un long-métrage. Cabello Reyes et Lavaine développent alors le synopsis existant de 6 pages ; l'histoire se développe à deux, puis Héctor se charge plus du séquencier et Eric des dialogues, même si ce ne sont pas, et de loin, des territoires réservés. Trois ans d’écriture : « Nous avons vraiment appris notre métier de scénaristes de long-métrage à ce moment-là car ni lui, ni moi n’en avions écrit professionnellement. Eric a une très grande expérience du sitcom étant directeur de collection sur H et sur Le 17. Et au théâtre, j’ai celle d’écrire des pièces en 3 actes de 3 heures, de grands ensembles architecturaux dramaturgiques. Mais on n'y peut rien : ensemble, on se fait rire mutuellement. ».

Ils écrivent ensuite Protéger et Servir (sortie prévue en février 2010). Puis Eric a l’idée d’Incognito et l’écriture se déroule très vite ; comme d'habitude, après des mois de travail sur l'histoire, la rédaction de la V1 va vite : Hector rédige le séquencier en 15 jours et Eric les dialogues en 10 jours. Des surprises apparaissent pendant cette phase : le personnage du colocataire parasite (Franck Dubosc), qui n’existait pas au départ, a pris une énorme importance au fur et à mesure. Un autre long-métrage est également en développement : Il est belle, déjà écrit et sera tourné prochainement : « Comme je travaille sur d’autres projets, je suis plutôt coscénariste sur les sujets avec Éric. Je suis en quelque sorte développeur et lui, chef de chantier ». Après Incognito et Protéger & Servir, Cabello Reyes prépare avec Lavaine son troisième film avec Pathé en tant que coscénariste : il est trop tôt pour en dire le titre, mais le tournage est prévu pour 2010.

 

MÉTHODE DE TRAVAIL

Cabello Reyes fait un important travail préparatoire et conçoit ses idées, non par du texte, mais par des dessins, des organigrammes, des schémas avec des codes couleurs, des mots-clés et des « mind maps » qu’il crée sur son écran d’ordinateur. Il codifie ensuite les couleurs par degré d’intensité de la scène ou par dominante des personnages et crée des tableaux excel qui lui permettent de minuter les scènes. Il en sort ensuite un traitement ou un séquencier et retire les intitulés de séquences, telle une nouvelle au style indirect. Son quartier général : la SACD et la Maison des Auteurs.

 

PARCOURS D’UNE IDÉE ORIGINALE

Cabello Reyes travaillait à Nulle Part Ailleurs lorsqu’il lit un entrefilet dans Le Monde relatant qu’un orchestre, lors d’un concert, avait escroqué une grande salle mondialement connue, Le Grand Opéra de Hong-Kong, en se faisant passer pour le Philharmonique de Moscou. Cette supercherie avait eu en plus de très bonnes critiques. Hector se met aussitôt à l’écriture, avec l’aide  de son ami Thierry Degrandi : « je n’ai pas fait plus de recherches que cet entrefilet. J’ai travaillé de manière horizontale comme une time-line et j’ai procédé par déductions. Pour faire ce coup, il est nécessaire d’intercepter des communications et de savoir que l’opéra souhaite recevoir ce philharmonique. Comment puis-je le savoir ? Quel est le personnage le plus inattendu qui pourrait avoir cette information ?…». Son objectif premier était de faire une comédie comme il les admire (Le Pigeon de Mario Monicelli).

Puis il fait la rencontre de Radu Mihaileanu (par l’entremise de Philippe Rousselet) qui souhaite développer le sujet seul. Le contrat est signé en juin 2002 avec le producteur, dont le projet sera repris plus tard par Alain Attal : «Mihaileanu a amené le film dans une direction que je n’aurais pas pu suivre » précise Cabello Reyes « Il a donné une résonance différente en ajoutant le thème de la répression juive dans l’Union Soviétique. Tant mieux : « Le Concert » s’est vendu, chose rarissime, sur scénario, aux USA auprès des frères Weinstein pour un million de dollars, et il sortira partout en Europe ». Hector, qui n’était plus en lien direct sur le  projet, n’a pas rencontré les coscénaristes du cinéaste, Matthew Robbins et Alain-Michel Blanc. Il formule avec humour : « C’est une des façons de faire un film. Il n’y a pas humainement besoin de se rencontrer autour d’une œuvre, tout peut se faire à distance. Il y a aussi un phénomène exponentiel : parfois, au cinéma, plus on est à l'origine d'un projet, moins on est présent à l'aboutissement. »

 

PASSAGE À LA RÉALISATION

Avec La dernière guérilla, qui a reçu le prix de l’aide à l’écriture au CNC, Cabello Reyes décide de passer derrière la caméra. Cinq ans de travail d’écriture par intermittence. Cette première réalisation, une comédie douce-amère sur la dictature au Chili, est née des personnages qu’il a rencontrés dans sa vie et qui se targuent d’actions héroïques invérifiables : « Lorsqu’elles sont prises pour argent comptant, elles servent à construire un destin, une carrière. Il est toujours intéressant de se demander : et si c’était du pipeau ? ». Cabello Reyes s’est basé sur deux hommes qui ont lutté contre un coup d’État en Amérique du Sud et contre les militaires sur les barricades. L’un français, l’autre latino-américain naturalisé français, ont suivi respectivement une carrière d’auteur engagé, de journaliste puis d’homme politique. Des personnes importantes, comme ceux qui racontent qu’ils se sont battus avec le Che dans les années 60. Et la vérité menace d’éclater.

 

CHILI VS FRANCE

Hector Cabello Reyes n’est pas un adepte du système français. Il aime le cinéma chilien et explique qu’une certaine parenté culturelle existe entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord. Les chiliens ne sont pas dans la préservation d’une histoire et d’un patrimoine comme la France car c’est un pays en train de se faire : « Ce n’est pas anodin si le slogan du Centre national de la cinématographie chilien est « Construire le Chili ». Dans ce pays, ils ont faim et n’ont pas beaucoup d’argent pour faire du cinéma. Le film doit impérativement se rembourser, être vu par la critique et avoir une carrière dans les festivals et en billetterie. Non seulement il n’y a pas de contradiction entre le succès d’estime critique et le succès public, mais c’est absurde qu’il y en ait une. Les latino-américains partent du principe que tout s’apprend. Ils doivent s’inspirer des réussites de l’extérieur et donc apprendre auprès de ceux qui ont le mieux réussi dans ce domaine. Les chiliens ne vont pas puiser l’inspiration dans les écoles ou la dramaturgie française, ils ne parlent pas français. La France est un petit pays qui se regarde le nombril, maintenu par une industrie subventionnée. L’Amérique latine a un système très dur, mais les scénaristes sont très reconnus et valorisés ; c’est le système américain et c’est la matière première. Quel est le seul outil  qui va faire venir le réalisateur, les comédiens, l’argent, le public ? Le scénario ».

 

OBJECTIFS DANS 10 ANS

Il ambitionne, dans les années à venir, de développer des films avec l’Espagne, l’Amérique latine, puis avec l’Angleterre et l’Italie afin d’avoir la capacité d’initier des projets et de confier l’écriture à des auteurs internationaux. Il se voit à terme devenir un producteur de contenu de fiction, comme le line-producer aux US qui amène le pack : casting, réalisateur, scénario. Sa vocation n’est pas de rester dans la comédie, mais de faire des films indépendants qui laissent libre cours à la créativité…