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DVD> | Phantom of the Paradise : autopsie d'un film culte

écrit le 11/12/2009 à 08:00

par Martin Clément


Le 1er décembre, le film musical de Brian de Palma est ressorti en DVD et en Blu-ray dans une version remastérisée. L’occasion de (re)découvrir une œuvre emblématique des années 70.

AfficheAu départ : un pari fou. Celui d’un auteur émergent qui, fort d’un succès populaire avec Sisters (1973), se lance dans un projet grandiose, la réécriture du Fantôme de l’Opéra à la sauce glam rock. Autant dire que l’idée avait de quoi faire frémir plus d’un puriste de Gaston Leroux !

 
Le pitch

Phantom of the Paradise, c’est donc l’histoire d’un compositeur maudit, Winslow Leach (William Finley), qui se fait piéger par un producteur véreux, l’énigmatique Swan (Paul Williams, le comédien qui signa aussi la musique du film). Le plan est machiavélique, Swan vole une cantate écrite par Winslow et accuse ce dernier de trafic de drogue. Winslow est envoyé en prison, alors que Swan projette de faire l’ouverture de son nouveau club, « Le Paradise », avec les mélodies de Winslow. Mais le compositeur déchu réussit à s’évader et réclame vengeance. Défiguré par une presse à disques après son évasion de prison, Winslow se cache derrière un masque et infiltre les recoins du « Paradise ». Il devient le fantôme du lieu en cherchant à se venger des mauvais traitements de Swan. C’était sans compter la rencontre avec Phoenix (Jessica Harper), une jeune chanteuse ingénue mais pleine de talent, qu'il a rencontrée au début du film et dont il est tombé amoureux…

 

Influences littéraires et cinématographiques

Lors du premier visionnage du film, on est tout de suite frappé par le nombre incroyable de références. Pas étonnant venant de Brian de Palma, le réalisateur étant connu pour faire de nombreux rappels des classiques du cinéma dans ses films (jusqu’à être accusé de plagiat dans certains cas). Phantom… n’échappe pas à la règle sauf qu’ici, hormis une très amusante parodie de la scène de douche de Psychose (où un débouche-évier remplace le couteau, voir photo), ce sont les références littéraires qui prévalent. Le sujet est une adaptation libre de Gaston Leroux, mais de Palma invoque aussi Oscar Wilde avec Le portrait de Dorian Gray, Mary Shelley et son Frankenstein et Goethe avec le mythe de Faust.

On est tout de suite frappé
par le nombre incroyable de références.

Des références très marquées, à des œuvres qui sont toutes devenues des classiques. Et ce qui aurait pu être une soupe indigeste de tous les thèmes de la littérature fantastique sert miraculeusement bien le récit. Chaque histoire a une résonance particulière et forte pour les deux personnages principaux. Winslow devient rapidement une créature incontrôlable, victime des agissements du producteur. Swan, quant à lui, est un personnage qui refuse de vieillir, à l’instar de Dorian dans le roman de Wilde. Enfin, Winslow et Swan signent un pacte avec leur sang au milieu du film, ce qui est un emprunt direct à l’œuvre de Goethe.

Toutes ces références, qui pourraient alourdir le récit, rendent pourtant l’ensemble plus fluide et cohérent, permettant ainsi à de Palma de se concentrer sur le vrai défi que représente Phantom… : faire un film musical à part entière.

Ventousé

 
Une construction symphonique

La construction scénaristique du film est intéressante parce qu’elle emprunte beaucoup à l’écriture des symphonies ainsi qu’au cinéma muet.

On découvre en effet que de Palma se démarque des règles de base de l’écriture scénaristique (la structure en trois actes) pour se concentrer sur le concept des mouvements, inhérent aux grandes symphonies. Entre chaque mouvement, le réalisateur n’hésite pas à utiliser l’ellipse pour dynamiser son récit. Pour certaines transitions il va même jusqu’à reprendre les cartons du cinéma muet (notamment dans la scène où Winslow est emprisonné à Sing-Sing).

Le film pourrait même se diviser en quatre saisons, comme un concerto de Vivaldi. La première partie serait l’hiver qui se termine avec l’enfermement de Winslow. La seconde, le printemps et la naissance du fantôme. La troisième l’été, ou l’explosion du génie créatif de Winslow. Enfin, la dernière partie du film pourrait être comparée à l’automne, la saison où les feuilles tombent, comme les masques dans le film, et où les fleurs flétrissent à l’instar du visage ravagé de Swan.

Bref, encore de quoi tordre le cou aux obsédés de la structure en trois actes, et prouver qu’un film trouve bien son identité dans une structure. Encore faut-il que ladite structure soit cohérente avec le genre et le ton qu’on donne à l’œuvre.

 
La politique de l’auteur

ProtagonistePhantom of the Paradise est aussi un film d’auteur. Au sens propre, c’est-à-dire un film qui porte la patte d’une vraie personnalité, pas un film où l’on claque des portes en se déchirant sur fond de pluie sur les toits en zinc de Paris (bien au contraire, le film est un festival de couleur et d’outrance !). C’est une œuvre cohérente dans la filmographie du cinéaste. Rien que l’utilisation des split-screens, si courante chez le réalisateur new-yorkais, nous rappelle qu’on est dans un univers bien défini qui réussit néanmoins à s’affranchir de ses propres codes. Cette technique, qui sert souvent à souligner l’urgence d’une situation, est ici détournée pour donner un sens nouveau à une scène de répétition. Voyez le film ! La séquence parodie habilement les films d’Hitchcock en les mixant avec un faux clip … des Beach Boys ! Jouissif pour tous les amoureux du maître du suspense et ceux qui ne jurent que par l’outrance du glam rock.

 
L'édition DVD

Pour finir, que dire de cette réédition en DVD ? L’image est savamment retravaillée, ainsi que la bande-son. Néanmoins, la traduction est décevante. Aucun des passages chantés n’est traduit en français, et c’est un vrai problème pour les spectateurs non anglophones. Même si le film n’est pas une comédie musicale à proprement parler (les chansons ne font pas partie intégrante des dialogues), l’écho voulu par de Palma entre les chansons et l’intrigue du film est amoindri. La chanson d’ouverture notamment, qui introduit habilement les thèmes du sacrifice et de la mort qui sont au cœur du film, tombe à plat par absence de traduction. C’est léger de la part de l’éditeur, surtout que certaines éditions étrangères se sont donné le mal de retranscrire les paroles des chansons dans leur langue…

Malgré ce bémol, il serait dommage de passer à côté d’un tel monument du film musical, qui a ouvert la voie à d’autres classiques tels que The Rocky Horror Picture Show (Jim Sharman, 1975) ou bien encore Quadrophenia (Franc Roddam, 1979).

C’est bientôt Noël, alors faites-vous plaisir. Phantom of the Paradise est un film qui vous changera du sempiternel passage en boucle du dernier opus d’Harry Potter par votre neveu prépubère (Oui oui ! C’est du vécu !). Et ça, ça n’a pas de prix.

 

Phantom of the Paradise est édité depuis le 1er décembre chez Opening.
Il est disponible en édition simple, collector et Blu-Ray.


Phantom of the Paradise
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