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critique
écrit le 02/04/2010 à 00:01
par Frédéric Brouquère
Sharky's Machine est le 3ème film réalisé par Burt Reynolds et son plus gros succès au box-office derrière la caméra. Il ressort en DVD, près de trente ans après. Sans être une machine de guerre, cette histoire de flic dur au grand cœur qui défend une belle call-girl contre un vilain mac est un sympathique polar vintage.
Le film débute par un gros plan sur une immense tour. En fond sonore, du jazz. La caméra nous offre un long panoramique au dessus de la ville d’Atlanta en Géorgie, plane au-dessus d’une voie ferrée et zoome sur une silhouette.
Le jazz cède la place à du disco : « Street Life » des Crusaders avec Randy Crawford au chant. Non, vous n’êtes pas dans Jackie Brown de Tarantino : nous ne sommes pas en 1997 mais fin 1981, six mois après L'Équipée du Cannonball. Cet homme qui marche « seul dans la ville, tout seul et anonyme » (cf. Goldman circa 1985), c’est le sergent Tom Sharky, flic des Stups incarné par Burt Reynolds.
Crade et barbu, un petit sac de sport à la main, Sharky quitte la voie ferrée pour un no man’s land de décombres et de bâtiments en ruine, puis parvient à un sous-sol, un coupe-gorge au sol de terre battue. Objectif : un flag à l’héroïne. Un dealer arrive en voiture, Sharky lui montre le contenu de son sac : des liasses de dollars et un revolver calibre 38.
Le dealer rigole et conseille à Sharky de s’en trouver un grown-up, un « adulte » en anglais, ce que la VF traduit par « un 357 ». Le dealer montre la came, Sharky la teste, la transaction va se conclure, mais pas de bol : une voiture se dirige vers les deux hommes.
Le conducteur n’est autre qu’un flic, le souriant Smiley. La gueule enfarinée, il demande joyeusement à Sharky comment il va. Le dealer tente de descendre Sharky avec son 38, qui se révèle vide (malin, le Sharky). Le dealer sort alors son propre révolver et fait un énorme trou dans le pare-brise de la voiture de l’importun. Sharky en profite pour se planquer.
Le dealer se carapate et court dans la ville. Il tire sur une voiture de police avec laquelle il tombe nez à nez. Le capot fait un looping, le moteur explose dans une gerbe de flammes, le dealer s’échappe. Commentaire indigné d’un flic : « cet enculé nous canarde au bazooka ! ».
Vu que ledit bazooka ressemble fort à un 44, on se dit que c’est un clin d’œil pas très poli aux personnages de l’inspecteur Harry et du Canardeur, tous deux incarnés par Clint Eastwood (respectivement en 1971 et 1973). Manque de bol pour le dealer, Sharky a un 357 planqué dans un holster de cheville.
Le dealer prend un bus en otage. Sharky court, fait une roulade pour sauter par dessus un muret, une autre pour éviter une balle (un autre flic le copiera honteusement quatre ans plus tard dans Remo Williams, sans arme et dangereux) et arrive à monter dans le bus. Le dealer descend le chauffeur de bus, Sharky descend le dealer qui dégringole par les portes arrières du bus, terminus, tout le monde descend. Un flic demande à Burt si le bad guy est mort, Burt lui répond : « secouez-le, pour voir s’il revient à lui ».
Des cascades, de l’humour, du disco, ça ressemble plus à un épisode de Starsky et Hutch qu’à un concours de « c’est qui qui a le plus gros gun » (ce concours entre Eastwood et Reynolds aura lieu en 1985 dans Haut les Flingues !). Sharky n’a ni Ford Gran Torino rouge à bande blanche ni Hutch, mais il a un paillasson pectoral, une moustache et très vite, une équipe de remplacement : il est muté à la Mondaine.
Pourtant, Sharky a rasé sa vilaine barbe et est redevenu le Burt Reynolds moustachu qu’on aime. Comme le déplore un collègue de la Criminelle (« bon, un civil a été tué, c’est pas une raison pour te muter »), Sharky n’est pas vraiment responsable de la mort du chauffeur de bus, mais accepte sa sanction avec le calme qu’on lui connaît. Smiley lui demande comment il peut s’excuser, Sharky rétorque « fais-nous une attaque cardiaque, le collègue renchérit : « fais-en deux ». Sharky prend l’escalier, direction l’enfer de la Vice Division en sous-sol.
La Mondaine est véritablement le cul-de-basse fosse du commissariat : c'est une grande pièce sale, sans fenêtres, dans laquelle une poignée de flics accueille tous les pervers, prostitué(es) et tordus de la ville.
Sharky hérite d’un nouveau patron : Friscoe (joué par Charles Durning), un gueulard teigneux aussi petit et blanc que le capitaine Dobey de Starsky & Hutch était noir et grand. Il hérite aussi de deux partenaires un rien bras cassés que Friscoe appelle ironiquement la « machine » de Sharky : Papa et Arch.
Papa (joué par Brian Keith) est un papy qui a pris trois balles et ne se souvient plus où sont les cicatrices. Arch (Bernie Casey, ancien joueur de football américain et recordman du 110 mètres haies) est un grand costaud noir amateur de sushis et de philosophie zen, persuadé qu’il a empêché un forcené de le tuer en se rendant invisible par le seul pouvoir de la pensée.
Un politicien pas si intègre que ça

En surveillant le meeting de Hotchkins (joué par Earl Holliman), un père la vertu qui veut devenir sénateur de l’état de Géorgie et nettoyer Atlanta de son vice, Sharky, Papa et Arch font une grande rafle. Enfermée dans la cage du commissariat, une prostituée, Mabel, aperçoit et invective Percy Sinclair (joué par William Diehl, l’auteur du roman dont le film est l’adaptation) qui s’apprête à repartir libre : Percy est un mac de haut vol spécialisé dans les prostituées à mille dollars, et le protégé d’un mystérieux Caïd. Furieux, Percy s’éclipse en attendant son avocat.
Un auteur impliqué dans l’adaptation de son roman à l’écran

Sharky tique : un mystérieux tueur a liquidé une prostituée asiatique aveugle, Siakwan, et un agent de la CIA occupés à fumer de la drogue au lit. Comme la Mondaine a fait les poches de Percy Sinclair, Burt Reynolds et ses collègues ont, outre 700 dollars, un petit carnet où figurent sept prénoms féminins, dont celui de la défunte Siakwan.
Un tueur sensible, adepte du cri primal

Comme la Mondaine n’a jamais coffré de prostituées à mille dollars, Arch a noté les sept prénoms. Sharky, tel un requin moustachu utilisant ses ampoules de Lorenzini, a une révélation : les prénoms, sont en fait des numéros de téléphones codés. Sharky demande de mettre les six numéros restants sur écoute, le Préfet lui en accorde six sauf une : Dominoe est déjà sur écoute. La Criminelle s’intéresse au meurtre de Siakwan, mais Friscoe soutient Sharky et leur dit d’aller se faire foutre.
Sharky obtient la bande de l’écoute de Dominoe grâce à Nosh (joué par Richard Libertini), un vieil ami des Archives, expert en bidouilles. Sur la bande : la conversation intime de Dominoe et de Hotchkins, candidat au poste de sénateur, marié et père de cinq enfants.
Vous vous dites que c’est du déjà vu ? Vous avez raison, même Papa le dit : « un politicard qui tringle, on voit ça à la télé tous les après-midi ! ». Manquant de moyens, l’irascible Friscoe regimbe à l’idée de faire surveiller Dominoe en permanence mais accepte : pour coincer le tueur de prostituées, faire tomber Hotchkins le politicard et faire la nique à la Criminelle, Sharky veut faire cette planque tout seul, 24 heures sur 24. Comme deux plombiers du Watergate, Nosh et Sharky installent les micros chez Dominoe, Sharky planque dans une tour en face de l’appartement de Dominoe. La machine de Sharky est lancée…
La Machine de Sharky : une équipe soudée

Et c’est une bien bonne machine en vérité : Sharky obtient la preuve que Hotchkins a une relation coupable avec Dominoe (jouée par Rachel Ward). Mais à force d’écouter Dominoe et de l’observer aux jumelles, Sharky en tombe amoureux. Et lorsque Billy Score, le tueur de prostituées (joué par Henry Silva) débarque chez Dominoe et abat par erreur sa colocataire d’un coup de fusil à canon scié dans le visage, Sharky profite de la méprise, vole (forcément) au secours de la vraie Dominoe et la cache…
La pute qui rêvait d’être danseuse

Dans un affrontement de méninges, de moustaches et de muscles, Sharky et ses collègues affronteront le machiavélique Victor (joué par Vittorio Gassman) et son frère Billy, un tueur aussi redoutable que junkie que simplet et sensible, ainsi qu’une horde de séides asiatiques experts en arts martiaux et maniement du nunchaku.
Un mac machiavélique

On doit ce scénario musclé, qui rappelle un peu celui de Laura d’Otto Preminger, à Gerald Di Pego, scénariste qui s’est illustré à la télévision dans de nombreuses séries comme l’incroyable Hulk, et au cinéma par des films comme Phénomène ou Instinct.
Sharky’s Machine est l’adaptation du roman éponyme écrit en 1978 par William Diehl (auteur du roman Peur primale, également adapté au cinéma), qui fait d’ailleurs une courte apparition au début du film sous les traits du mac Percy Sinclair.
Il y a des touches de la Conversation secrète de Coppola pour la surveillance de Sharky, sorte de voyeurisme pour la bonne cause, et de Serpico pour l’atmosphère trouble de traitrise et de corruption politique et policière.
Burt Reynolds est convaincant en doux, dur et dingue, et laisse de la place et des répliques efficaces aux autres acteurs. La musique, mêlant jazz (ex : deux versions du Love Theme From Sharky's Machine dont une par Sarah Vaughan ; deux versions de My Funny Valentine par Chet Baker et Julie London), disco, bongos et sonorités asiatiques confère du caractère à l’ensemble.
La réalisation de cet action movie est à l’image de Burt Reynolds : carrée comme une bouteille de Jack Daniel’s. Le film débute et finit par un plan de la même tour d’Atlanta, l’hôtel Westin Peachtree Plaza Hotel, d’où le cascadeur Dar Robinson effectua ce qui reste à ce jour la cascade en chute libre la plus haute du monde : 220 pieds soit 67 mètres et des poussières (même si dans le film, le plus gros de la chute est clairement effectué par un mannequin et pas par le cascadeur).
Conclusion
Action, humour, et histoire d’amour, Sharky's Machine est un polar un peu daté qui se laisse déguster. D’ailleurs, un remake est prévu (sans doute réalisé par Phil Joanou et produit (et joué ?) Mark Wahlberg.
Certes, son bouquet s’est un peu éventé, mais sans être un grand millésime, ce n’est assurément pas de la piquette. Ce film rappelle un peu les Starsky et Hutch qu’on regardait l’oeil mi-clos, en famille le dimanche, après le déjeuner et avant la sieste.
Sharky's Machine a le goût particulier du café que vous aviez alors, bambin farceur, allongé d’un trait de calva, pour voir votre Mamie adorée faire du morse avec ses paupières : burt de pomme.
Bonus
Le seul bonus qui accompagne Sharky’s Machine est une erreur de casting. Il s’agit d’un film d’un peu plus de quinze minutes intitulé « les armes des forces spéciales », au cours duquel un « un ancien des forces spéciales » (justement) passe en revue certains des meilleurs modèles d’armes pour… forces spéciales.

Les armes sont exposées sur une grande table dans un sympathique décor brut de décoffrage, puis montrées en situation de tir, par des gentils camarades du Bellemare sans moustache et sans supplément de prix.
Au menu de cette présentation qui oscille entre docu et téléachat : armes de poing (pistolets, pistolets mitrailleurs), fusils à pompe (arme d’appui qui permet notamment d’ouvrir une porte : utile quand on a perdu ses clés), armes d’assaut, armes de sniper et armes spéciales (un lance-grandes multifonctions permettant de panacher les munitions : flashball et gaz lacrymogène par exemple).
Sans oublier les accessoires, les munitions et les indispensables aides à la visée : vous saurez ainsi tout des visées point rouge non projetées avec une capacité de jour et de nuit, grossisseur de focale, torche infrarouge ou laser infrarouge.
On ne le dira jamais assez, une arme, c’est comme une voiture : « vous achetez la voiture, et puis vous avez des options ». Tous ces éléments sont à en prendre en compte quand l’utilisateur a un objectif, des moyens spécifiques (létaux ou non létaux) en fonction de son environnement, et un devoir de résultat. Ce sont tous ces aspects qui font la réussite d’une mission.

Mention spéciale à ce qui ressemble à un sèche-cheveux mais est en fait un astucieux et très utile kit de transformation de pistolet : chargeur 30 coups pour tir en rafale + crosse d’épaule + lunette de visée non projetée holographique point rouge + récupérateur d’étuis + modérateur de son (un silencieux, pour « éviter tout ce qui est signature thermique et réduire considérablement le bruit »), + un module 3 en 1 combinant torche, visée laser de jour à visée projetée et laser de nuit en infrarouge.
Application pratique : on peut enfin dézinguer, avec précision et sans bruit, les horribles porcelaines qui trônent sur la télévision, sans sortir Mamie de sa torpeur post café-calva, et surtout sans saloper le parquet en répandant des douilles partout.
Le documentaire conclut par un encouragement à tous les tireurs, « qu’ils soient sportifs ou militaires, à parfaire leur action, pour une justice et une équité à travers le monde. ». Amen…
A l’évidence, ce bonus s’est trompé de DVD et de moustachu : il aurait parfaitement convenu à la série du Justicier dans la ville de Charles Bronson. Hélas, ce dernier n’est plus parmi nous depuis 2003. Fort heureusement, un remake du Justicier est prévu pour 2011, avec Stallone devant et derrière la caméra…

Sharky's Machine – l’Anti-gang
Sortie en DVD le : 2 Avril 2010
Réalisation : Burt Reynolds
Scenario : Gerald Di Pego, d’après une adaptation d’un roman de William Diehl
Principaux interprètes : Burt Reynolds (sergent Tom Sharky), Vittorio Gassman (Victor), Brian Keith (Papa), Charles Durning (Friscoe), Earl Holliman (Hotchkins), Bernie Casey (Arch), Henry Silva (Billy Score), Richard Libertini (Nosh), Darryl Hickman (Smiley), Rachel Ward (Dominoe)